Déménager dans un autre pays, ça implique toute une liste de choses à démêler : le logement, les soins de santé, les services bancaires, les impôts… Et quelque part vers le bas de cette liste, les placements. Oui, ça fait beaucoup, mais plus vous vous y prenez tôt pour investir, plus votre argent a le temps de fructifier – avec en prime les outils très pratiques qu’offre le Canada.
Le système de placements au Canada est probablement différent de ce que vous connaissez. Il y a des comptes fiscalement avantageux qui n’existent pas dans la plupart des pays, des règles spécifiques quand on vient de s’installer, et toute une série de plateformes qui permettent à tout le monde d’investir plus facilement que jamais. Ce guide couvre les comptes, les types de placements, les coûts et le processus étape par étape pour investir en partant de zéro.
Investir : c’est quoi, et pourquoi s’y mettre dès son arrivée au Canada?
Pour investir au Canada en tant que personne immigrante, on a besoin d’un numéro d’assurance sociale (NAS) et d’un compte bancaire canadien. Avant de placer son argent, il est d’abord conseillé de constituer un petit fonds d’urgence. Une fois qu’on a tout ça, il faudra ouvrir un compte fiscalement avantageux, comme un CELI (compte d’épargne libre d’impôt) ou un REER (régime enregistré d’épargne-retraite), choisir une plateforme d’investissement, et mettre de l’argent dans des placements diversifiés, comme des FNB (fonds négociés en bourse).
Investir, c’est faire travailler son argent pour qu’il puisse fructifier avec le temps, plutôt que de le laisser patienter dans un compte chèques où les possibilités de croissance sont beaucoup plus limitées. Et avec son système financier stable, ses marchés bien réglementés et ses comptes fiscalement avantageux, le Canada est un très bon endroit pour le faire.
Ça vaut la peine de commencer tôt, même à coups de petits montants. Avec aussi peu que 50 $ ou 100 $ par mois, au bout de décennies d’investissements réguliers, on peut se retrouver avec un montant intéressant grâce aux intérêts composés. Sans oublier les comptes enregistrés, très avantageux à utiliser dès qu’on y est admissible.
Les comptes de placement au Canada
Avant de décider dans quoi investir, on doit décider où le faire. Au Canada, il existe deux possibilités : les comptes enregistrés et les comptes non enregistrés.
Les comptes enregistrés offrent des avantages fiscaux, comme une croissance à l’abri de l’impôt, des déductions ou les deux. Ils sont toutefois plafonnés par des limites de cotisations. Les comptes non enregistrés, eux, n’ont pas ces attraits fiscaux, mais sont plus flexibles et permettent de cotiser tant qu’on veut.
Le CELI (compte d’épargne libre d’impôt)
Le CELI est un compte enregistré où l’on cotise des sommes déjà imposées. C’est la croissance du placement et les retraits qui sont complètement libres d’impôt. On peut retirer à tout moment, pour quelque raison que ce soit, et sans pénalité. Le montant retiré est alors ajouté aux droits de cotisation de l’année suivante. Le gouvernement fixe un plafond de cotisation annuel, et tout droit de cotisation inutilisé est automatiquement reporté à l’année d’imposition suivante.
Une précision importante pour les gens qui viennent de s’installer au Canada : les droits de cotisation ne s’accumulent que pendant les années où l’on réside au pays. Une personne arrivée en 2026 peut donc cotiser jusqu’à 7 000 $ pour l’année, et ses droits de cotisation inutilisés s’accumulent à partir de ce moment-là.
Pour ouvrir un CELI, il faut avoir 18 ans ou plus (ou l’âge de la majorité dans sa province ou son territoire), résider au Canada et détenir un NAS valide. Les personnes admissibles peuvent avoir le statut de résident·e permanent·e, de travailleur·euse temporaire ou d’étudiant·e international·e.
Le REER (régime enregistré d’épargne-retraite)
Le REER est conçu pour aider à l’épargne en vue de la retraite. On y cotise des sommes avant impôts afin de réduire son revenu imposable annuel. Les placements croissent à l’abri de l’impôt jusqu’au retrait, idéalement à la retraite, lorsque le revenu et le taux d’imposition sont plus bas.
Il faut avoir gagné et déclaré des revenus au Canada pour accumuler des droits de cotisation à un REER. La limite de cotisation est actuellement fixée à 18 % des revenus de l’année précédente, jusqu’à concurrence du plafond annuel établi par le gouvernement (33 810 $ pour 2026).
Selon votre revenu et votre palier d’imposition, il peut être judicieux de prioriser le CELI. La déduction du REER devient plus intéressante lorsque le revenu et le taux d’imposition sont plus élevés. La première année de revenus au Canada détermine la limite de cotisation pour l’année d’imposition suivante. Il faut donc attendre d’avoir fait une première déclaration de revenus pour cotiser à un REER.
Le CELIAPP (compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété)
Pensé spécialement pour l’achat d’une première propriété, le CELIAPP combine les avantages du CELI et du REER. Les cotisations sont déductibles d’impôt (comme pour un REER), et les retraits admissibles utilisés pour l’achat d’une propriété sont entièrement libres d’impôt (comme pour un CELI).
On peut cotiser jusqu’à 8 000 $ par année, avec un plafond à vie de 40 000 $, et le compte peut rester ouvert pendant un maximum de 15 ans.
Si acheter une propriété au Canada fait partie de vos projets, ça vaut la peine d’ouvrir un CELIAPP dès que vous y êtes admissible. Pour ce faire, il faut avoir 18 ans ou plus (ou l’âge de la majorité dans votre province ou territoire), résider au Canada et détenir un NAS valide. Il ne faut pas avoir été propriétaire d’une résidence pendant l’année civile en cours ou les quatre années précédentes, où que ce soit dans le monde.
Le REEE (régime enregistré d’épargne-études)
Le REEE sert à épargner en vue des études postsecondaires d’un·e enfant. Les placements croissent à l’abri de l’impôt, et les retraits sont imposés au nom de l’étudiant·e, qui aura généralement assez peu de revenus, ce qui les rend en pratique quasi libres d’impôt.
L’autre grand avantage du REEE, c’est la Subvention canadienne pour l’épargne-études (SCEE) : le gouvernement verse une contrepartie de 20 % des cotisations annuelles, jusqu’à concurrence de 500 $, pour un plafond à vie de 7 200 $ par enfant. Si on ne cotise pas suffisamment pour recevoir 500 $ une année donnée, la subvention non utilisée peut être reportée aux années suivantes. Toute personne de 18 ans ou plus peut ouvrir un REEE pour un enfant, à condition d’avoir un NAS.
Les comptes de placement non enregistrés
Un compte de placement non enregistré n’a ni plafond de cotisation, ni avantages fiscaux, ni restrictions sur les retraits. On peut y investir le montant qu’on veut, quand on veut. Tout ce qu’il faut, c’est un NAS pour ouvrir le compte.
Les revenus de placement (gains en capital, dividendes et intérêts) sont toutefois imposables dans l’année où ils sont gagnés ou réalisés. On se tourne généralement vers un compte non enregistré une fois qu’on a maximisé ses droits de cotisation aux comptes enregistrés.
Comparatif des comptes de placements au Canada
Type de compte | Traitement fiscal | Plafond de cotisation | Idéal pour |
|---|---|---|---|
| CELI | Croissance et retraits libres d’impôt | 7 000 $ par année (2026), 109 000 $ à vie | Épargne flexible, tous objectifs |
| REER | À imposition différée; retraits imposables | 118 % du revenu, maximum 33 810 $ (2026) | Épargne en vue de la retraite, revenus élevés |
| CELIAPP | Cotisations déductibles, retraits libres d’impôt | 8 000 $ par année, 40 000 $ à vie | Achat d’une première propriété |
| REEE | À imposition différée; retraits imposables au nom de l’étudiant·e | 50 000 $ à vie par enfant | Financer les études des enfants |
| Compte non enregistré | Imposables | Aucun | Investir une fois les comptes enregistrés maximisés |
Les types de placements offerts au Canada
Une fois le compte choisi, il faut décider quels actifs y mettre. Voici les principales options, de la plus prudente à la plus risquée.
Les CPG et les obligations
Les certificats de placement garanti (CPG) sont des dépôts à terme qu’offrent les banques et les coopératives de crédit canadiennes. Ils garantissent le capital investi ainsi qu’un taux d’intérêt fixe, ce qui en fait l’une des options de placement les plus sûres, à condition de les conserver jusqu’à l’échéance et dans les limites de la protection de l’assurance-dépôts.
Les obligations sont des prêts consentis à des gouvernements ou à des entreprises en échange de versements d’intérêts réguliers et du remboursement du capital à l’échéance. Elles comportent un risque légèrement plus élevé que les CPG, mais offrent généralement de meilleurs rendements. Les deux conviennent bien aux objectifs à court terme ou à la portion prudente d’un portefeuille.
Les fonds négociés en bourse
Les fonds négociés en bourse (FNB) sont des paniers de titres, comme des actions, des obligations ou les deux, qui se négocient en bourse comme une action ordinaire. Acheter un seul FNB donne instantanément accès à des dizaines, voire des centaines de placements.
Les FNB sont une bonne option quand on s’installe au Canada, pour plusieurs raisons :
Diversification intégrée : un seul FNB tout-en-un peut constituer un portefeuille complet.
Frais peu élevés : les frais des FNB indiciels sont souvent inférieurs à 0,25 % par année.
Facilité de transaction : achat et vente en bourse, comme des actions ordinaires.
Les actions
Les actions représentent des parts de propriété dans des entreprises. Quand une entreprise prend de la valeur, le prix de ses actions peut augmenter, et certaines entreprises versent des dividendes à leurs actionnaires.
Les rendements potentiels sont plus élevés qu’avec les FNB ou les obligations, mais le risque l’est aussi. Une entreprise peut perdre une part importante de sa valeur, voire faire faillite. Investir dans des actions demande un peu plus de recherche, de temps et de tolérance à la volatilité qu’avec les FNB.
Les fonds communs de placement
Les fonds communs de placement sont des fonds collectifs gérés professionnellement qui regroupent l’argent de plusieurs personnes pour acheter un ensemble diversifié de titres. On les trouve dans la plupart des banques traditionnelles.
Le bémol, c’est que la gestion active de ces fonds a un coût. En effet, les fonds communs ont généralement des frais plus élevés, avec des ratios de frais de gestion (RFG) tournant souvent autour de 1,5 % à 2,5 % dans les banques canadiennes. Et comme ces frais s’accumulent avec le temps, les rendements à long terme sont réduits.
Investir au Canada, combien ça coûte?
Les frais sont l’un des facteurs les plus négligés dans l’investissement à long terme. Pourtant, un écart de 1 % sur les frais annuels peut représenter des dizaines de milliers de dollars sur un horizon de placement de 30 ans.
Les points à surveiller :
Ratios de frais de gestion (RFG) : le pourcentage annuel prélevé par un fonds, déduit automatiquement des rendements.
Commissions de transaction : les frais exigés à chaque achat ou vente d’actif.
Frais de compte : les frais de tenue de compte annuels ou mensuels facturés par certaines plateformes.
Frais de change : les frais applicables lors de l’achat en dollars canadiens de titres cotés aux États-Unis, souvent de 1,5 % à 2 % par transaction.
L’imposition des placements au Canada
Le traitement fiscal des placements dépend de deux choses : le type de compte où ils sont détenus, et le type de revenus qu’ils génèrent.
Les comptes enregistrés (e.x. CELI, REER, CELIAPP) mettent les placements à l’abri de l’impôt; c’est pourquoi le choix du compte est important. Dans les comptes non enregistrés, les revenus de placement sont imposables, mais différemment selon leur nature :
Gains en capital : profit réalisé à la vente d’un placement à un prix supérieur au prix d’achat; partiellement imposables
Dividendes canadiens : bénéficient d’un traitement fiscal préférentiel grâce au crédit d’impôt pour dividendes
Intérêts : entièrement imposables selon le taux marginal d’imposition
Revenus étrangers : les dividendes et intérêts provenant de placements étrangers sont imposés comme un revenu ordinaire
Si vous détenez des placements dans votre pays d’origine, des obligations de déclaration à l’Agence du revenu du Canada (ARC) pourraient s’appliquer, notamment pour des actifs de plus de 100 000 $. Un·e fiscaliste reste la meilleure ressource pour vous aider à comprendre vos obligations.
Investir au Canada : par où commencer
Une fois qu’on comprend les bases, c’est assez simple de passer à l’action.
1. Définir ses objectifs financiers
Vos objectifs déterminent tout le reste : votre horizon de placement, votre tolérance au risque et les comptes à utiliser. Vous épargnez pour la retraite? Pour acheter une propriété? Pour les études de vos enfants?
Les objectifs à court terme, comme un fonds d’urgence ou une mise de fonds, ne tolèrent pas de pertes. Les CPG et les comptes d’épargne à intérêt élevé conviennent bien ici. Pour des objectifs à long terme (5 ans et plus), on peut absorber plus de volatilité. Les FNB et les actions pourraient alors être de bons choix.
2. Évaluer sa tolérance au risque
La tolérance au risque, c’est votre capacité et votre disposition à accepter des fluctuations dans la valeur de vos placements en échange de rendements potentiellement plus élevés.
Plusieurs facteurs influencent votre tolérance au risque : votre horizon de placement, votre stabilité financière et votre aisance à voir la valeur de votre portefeuille baisser temporairement. La plupart des plateformes de placement proposent un court questionnaire à l’ouverture du compte pour vous orienter vers un portefeuille approprié.
3. Choisir le bon compte de placement
Quelques repères :
Vous prévoyez acheter une propriété dans les 15 prochaines années? D’abord un CELIAPP (si vous y êtes admissible), puis un CELI.
Vous visez la retraite? Un REER si vous êtes dans un palier d’imposition élevé; un CELI si votre revenu est plus bas.
Vous épargnez pour les études d’un·e enfant? Un REEE.
Vous avez déjà maximisé vos comptes enregistrés? Un compte non enregistré.
On peut détenir plusieurs types de comptes en même temps, c’est plutôt une question de priorités.
4. Choisir une plateforme de placement
Il existe deux grands types de plateformes :
Banques traditionnelles : service en succursale, large gamme de produits, mais frais généralement plus élevés.
Plateformes de courtage en ligne (autonomes ou gérées) : frais moins élevés, certaines transactions sans commission. En mode autonome, on décide soi-même, et en mode géré, le portefeuille est pris en charge.
5. Déposer des fonds et commencer à investir
Ouvrez un compte de placement, associez-y un compte bancaire canadien, transférez des fonds et faites votre premier placement.
Mieux vaut commencer modestement plutôt que d’attendre le moment parfait. Plusieurs plateformes offrent des cotisations préautorisées, c’est-à-dire des virements automatiques récurrents qui aident à investir régulièrement, même de tout petits montants.
Placements autonomes ou gérés?
Avec les placements autonomes, on choisit soi-même ses actifs, on décide quand vendre et acheter, et on gère son propre portefeuille. C’est bien adapté aux personnes qui aiment apprendre, s’informer sur les marchés et garder le plein contrôle. Le risque : les décisions émotives comme vendre en panique lors d’une baisse ou courir après les titres à la mode.
Les placements gérés sont offerts sur des plateformes numériques qui utilisent des algorithmes, qu’on appelle parfois des robots-conseillers, pour bâtir et rééquilibrer automatiquement des portefeuilles diversifiés de FNB, selon le profil de risque et la répartition d’actifs. Il suffit de répondre à un court questionnaire pour que la plateforme recommande un portefeuille et s’occupe automatiquement de tout. Les frais sont plus élevés qu’en mode autogéré, mais nettement inférieurs à ceux des fonds communs des banques traditionnelles.
Pour bien des gens, ces plateformes gérées cochent plusieurs cases : aucune connaissance en placement requise, pas de temps à consacrer au suivi, et aucune prise de décision émotive.
Conseils pour bien investir à son arrivée au Canada
Quelques principes de base utiles, peu importe d’où on part.
Des petits montants, régulièrement. Les achats périodiques par sommes fixes réduisent les effets de la volatilité des marchés. Quand on investit le même montant à intervalles réguliers, on lisse le coût moyen avec le temps : on achète simplement plus de parts avec ce montant quand les prix sont bas, et moins de parts quand les prix sont élevés.
Oui à un portefeuille diversifié. Répartir ses placements entre plusieurs catégories d’actifs, régions et secteurs réduit le risque qu’une mauvaise performance isolée nuise à l’ensemble du portefeuille.
Attention aux frais. On compare les RFG avant de choisir un fonds, on privilégie les FNB indiciels aux fonds communs à gestion active quand c’est possible, et on opte pour des plateformes sans commission de transaction.
Vision long terme. Les marchés fluctuent, et les baisses momentanées ne sont pas signe qu’il faut vendre – elles font partie du cycle normal. Le plus grand risque quand on commence à investir, ce n’est pas la volatilité des marchés; c’est de réagir émotivement aux baisses passagères en vendant à perte.


