Bâtir un portefeuille solide, durable et capable de générer des rendements, ça demande du travail. Si vous gérez vos placements vous-même, la recherche est incontournable : analyse fondamentale, valorisation des actions, examen des dividendes et, bien sûr, étude des industries et secteurs dans lesquels les entreprises évoluent.
D’un secteur à l’autre, les entreprises suivent des dynamiques différentes. Inutile, donc, de les mettre dans le même panier : ça ne fonctionne pas. L’analyse sectorielle vous aide à vous concentrer sur les facteurs, les risques et les tendances propres au type d’entreprise que vous examinez.
Autrement dit, l’analyse sectorielle permet de comprendre ce qui influence le rendement d’une entreprise, pour décider plus clairement et avec plus d’assurance si vous voulez y investir.
La différence entre secteurs et industries
Les termes secteur et industrie, souvent confondus, renvoient à des réalités distinctes. Les secteurs sont de grandes catégories, comme les technologies, les soins de santé ou l’énergie. La classification industrielle mondiale standard (GICS), couramment utilisée pour regrouper les entreprises, distingue 11 grands secteurs :
Services de communication
Biens de consommation discrétionnaire
Biens de consommation de base
Énergie
Services financiers
Soins de santé
Produits industriels
Technologies de l’information
Matériaux
Immobilier
Services publics
Les industries sont des sous-catégories des secteurs, c’est-à-dire des groupes plus précis d’entreprises aux activités similaires. Par exemple, le secteur des matériaux regroupe des industries comme les produits chimiques, les matériaux de construction, les contenants et emballages, les métaux et l’exploitation minière, ainsi que les produits forestiers et le papier.
Secteurs cycliques et secteurs défensifs
De façon générale, la plupart des secteurs sont soit cycliques, soit défensifs. Les secteurs cycliques montent et descendent au rythme de la conjoncture économique. Les secteurs défensifs affichent quant à eux des résultats plus constants, peu importe le cycle économique.
Cette différence se reflète aussi dans leurs actions. Savoir si un secteur est cyclique ou défensif vous aide à mieux évaluer les entreprises et à tirer des conclusions plus éclairées.
Le tableau ci-dessous résume les différences entre ces types de secteurs et leurs actions, ainsi que leurs effets possibles sur votre portefeuille.
Catégorie | Secteurs clés | Caractéristiques des actions | Importance pour votre portefeuille |
|---|---|---|---|
| Cycliques | Biens de consommation discrétionnaire (automobiles, biens de luxe, voyages); Énergie (pétrole, gaz, équipements liés aux énergies renouvelables); Produits industriels (machinerie, transport, aérospatiale); Immobilier (commerces/bureaux; Technologies (semi-conducteurs, logiciels d’entreprise) | Le rendement monte et descend avec l’économie; Plus sensibles aux taux d’intérêt, aux dépenses et à l’activité des entreprises; Cours souvent plus volatils; Bénéfices pouvant varier fortement | Peuvent renforcer les rendements quand l’économie va bien; Mais peuvent tirer le portefeuille vers le bas en période de ralentissement; Conviennent mieux aux personnes à l’aise avec de fortes fluctuations; Les profils prudents devraient y consacrer une plus petite part de leur portefeuille |
| Defensive | Biens de consommation de base (alimentation, boissons, produits ménagers); Soins de santé (produits pharmaceutiques, dispositifs médicaux); Immobilier (fiducies de placement immobilier, catégories d’actifs essentielles); Services publics (électricité, eau, distribution de gaz) | Demande relativement stable, peu importe la conjoncture; Bénéfices et flux de trésorerie plus prévisibles; Dividendes souvent plus stables; Volatilité généralement plus faible | Aident à stabiliser le portefeuille en période de turbulence; Utiles pour contrebalancer le risque des actions cycliques; Peuvent procurer un revenu en dividendes même quand la croissance ralentit; Constituent souvent une position de base pour viser une croissance régulière à long terme |
Conjoncture et rendement sectoriel
Les secteurs réagissent à la conjoncture. Comprendre comment les cycles économiques (phases d’expansion, de ralentissement, etc.) se répercutent sur la performance des secteurs aide à mieux prévoir l’effet possible sur votre portefeuille.
Périodes d’expansion et de récession
Le principal facteur qui influence la performance des secteurs, c’est l’étape du cycle économique en cours.
Phases d’expansion. Ce sont des périodes de croissance assez rapide, de faibles taux d’intérêt et de progression de l’emploi, des salaires, de la production et des bénéfices des entreprises. L’argent circule : ça va bien. Pendant ces phases, les secteurs cycliques, comme les biens de consommation discrétionnaire, les produits industriels et les technologies, ont souvent la cote, puisque les dépenses, l’embauche et les investissements reprennent.
Phases de contraction et creux. Ce sont des périodes de récession. En phase de contraction, la croissance observée pendant l’expansion ralentit. Les prix stagnent et le chômage augmente. Un creux correspond au point le plus bas du cycle économique, avec des effets négatifs généralisés. Les secteurs défensifs, comme les biens de consommation de base, les soins de santé et les services publics, résistent généralement mieux à ces étapes du cycle, puisque la population continue d’acheter l’essentiel, de payer des soins et de chauffer la maison.
Les secteurs ne réagissent pas tous au même moment dans le cycle économique. Même parmi les secteurs cycliques ou défensifs, les chefs de file du secteur peuvent changer au gré de la conjoncture.
Par exemple, certains secteurs cycliques, comme les biens de consommation discrétionnaire et les services financiers, ont tendance à mieux performer au début d’une phase de reprise. D’autres, comme les produits industriels, les matériaux et l’énergie, se redressent plus tard.
Quand vous cherchez à comprendre comment le secteur d’une entreprise réagit aux cycles économiques, l’objectif n’est pas de prédire précisément les points de retournement. Il s’agit plutôt de saisir le rythme général que ce secteur a tendance à suivre, afin de déterminer si l’action de l’entreprise a sa place dans votre portefeuille.
Ce qui influence chaque grand groupe sectoriel
Les secteurs défensifs et cycliques, ainsi que les cycles économiques, donnent le portrait d’ensemble. Mais chaque secteur obéit aussi à sa propre logique. Une banque, un producteur d’énergie et un détaillant ne sont pas influencés par les mêmes facteurs de rendement.
Pour appliquer efficacement l’analyse sectorielle, il faut comprendre les forces propres à chaque secteur et savoir quels indicateurs utiliser pour les évaluer.
Secteur financier
Les entreprises du secteur financier réagissent aux taux d’intérêt, aux conditions de crédit et à l’état général de l’économie. Par exemple, les banques tirent leurs revenus des intérêts et des frais qu’elles facturent sur les prêts. Les compagnies d’assurance, elles, gagnent de l’argent grâce aux primes. De façon générale, les entreprises de ce secteur profitent d’une croissance économique stable.
Indicateurs utiles pour comprendre le secteur financier
Marge nette d’intérêt (MNI) : Indique ce qu’une banque gagne sur ses prêts après avoir payé le coût des dépôts. Plus elle est élevée, mieux c’est.
Rendement des capitaux propres (RCP) : Un indicateur simple pour comparer l’efficacité avec laquelle les banques et les assureurs utilisent leurs capitaux pour générer des profits.
Ratio combiné : Mesure la rentabilité des activités de souscription d’un assureur. S’il est inférieur à 100 %, cela signifie que les primes suffisent à couvrir les sinistres.
Éléments à considérer pour évaluer les entreprises financières
Les taux d’intérêt ont un impact important sur la rentabilité des activités de prêt des banques.
Economic slowdowns can affect financial companies in different ways. Bank loan losses (money set aside for borrowers who may not repay) usually rise during economic slowdowns, while insurers may see higher claims or weaker investment returns.
Les ralentissements économiques n’affectent pas toutes les entreprises financières de la même façon. Les banques voient souvent augmenter leurs pertes sur prêts (sommes mises de côté pour les emprunteurs qui pourraient ne pas rembourser). Les assureurs, eux, peuvent subir davantage de réclamations ou des rendements de placement plus faibles.
Secteur de l’énergie
Les entreprises de ce secteur sont fortement influencées par les prix des matières premières, comme le pétrole, le gaz naturel, les métaux et d’autres ressources, qui dépendent de l’offre et de la demande à l’échelle mondiale, ainsi que de facteurs géopolitiques. Résultat : leurs bénéfices peuvent être beaucoup plus volatils que ceux des entreprises de la plupart des autres secteurs.
Indicateurs utiles pour comprendre le secteur de l’énergie
Prix d’équilibre : Prix de la matière première dont une entreprise a besoin pour couvrir ses coûts.
Taux de remplacement des réserves : Indique si les producteurs de pétrole et de gaz trouvent suffisamment de nouvelles ressources pour maintenir ou augmenter leur production au fil du temps.
Flux de trésorerie disponibles : Indiquent les liquidités qu’il reste après les dépenses d’exploitation et d’investissement.
Éléments à considérer pour évaluer les entreprises du secteur de l’énergie
La volatilité est inhérente au secteur.
Les événements mondiaux peuvent avoir des effets majeurs sur le rendement d’une entreprise.
La transition énergétique peut aussi modifier le rendement et les perspectives à long terme de certaines entreprises, notamment celles qui se tournent vers les énergies renouvelables ou des sources à plus faible intensité carbone.
Secteur des technologies
Les entreprises de ce secteur croissent en innovant à la fine pointe, en faisant évoluer leurs produits numériques à grande échelle et en augmentant leur base d’utilisateurs. Plusieurs s’appuient sur des modèles de revenus récurrents, la propriété intellectuelle ou l’effet de réseau (c’est-à-dire que leurs services prennent de la valeur à mesure que le nombre d’utilisateurs augmente).
Indicateurs utiles pour comprendre le secteur des technologies
Revenu annuel récurrent (RAR) : indique le montant de revenus prévisibles qu’une entreprise génère grâce à des abonnements ou à des modèles similaires.
Utilisateurs actifs mensuels/quotidiens (UAM/UAQ) : Donne un signal sur l’adoption d’une plateforme ou d’un service.
Marge brute : Indique la rentabilité d’un produit ou d’un service avant les frais généraux.
Éléments à considérer pour évaluer les entreprises technologiques
Les investisseurs accordent beaucoup de valeur à la croissance future. Les actions technologiques évoluent souvent au rythme des taux d’intérêt : quand les taux montent, la croissance future vaut moins (et l’inverse quand les taux baissent).
Not all tech sector companies are movers and shakers. Software-as-a-service companies may grow quickly, while long-standing telecom companies may have a slower, steadier rate of growth.
Toutes les entreprises technologiques ne sont pas des acteurs qui bousculent leur marché. Une entreprise de logiciel-service (SaaS) peut croître très vite, alors qu’une entreprise de télécommunications bien établie affichera souvent une croissance plus lente et plus régulière.
Soins de santé et consommation (produits de base et discrétionnaires)
Le secteur des soins de santé est influencé par la démographie, l’innovation et les autorisations réglementaires. Du côté de la consommation, les biens de consommation de base (p. ex., l’épicerie et les biens du quotidien) affichent presque toujours une demande stable, tandis que les biens de consommation discrétionnaire (p. ex., les voyages et les restaurants) dépendent davantage du revenu et du niveau d’endettement des ménages, ainsi que de la confiance des consommateurs.
Indicateurs utiles pour comprendre le secteur des soins de santé
Avancement des projets en développement : Indique si de nouveaux traitements ou produits pharmaceutiques ou biotechnologiques sont en voie d’obtenir une approbation.
Part de marché : Permet de voir si une entreprise de consommation gagne ou perd du terrain auprès de sa clientèle.
Pouvoir de fixation des prix : Reflète la capacité d’une entreprise à augmenter ses prix sans perdre de ventes.
Ce qu’il faut considérer pour évaluer les entreprises des secteurs des soins de santé et de la consommation
La réglementation et les délais d’approbation peuvent influencer la rapidité avec laquelle de nouveaux produits de santé arrivent sur le marché. De leur côté, les brevets peuvent déterminer pendant combien de temps un médicament ou un traitement peut générer des bénéfices élevés.
La demande à long terme pour les soins de santé et pour certaines entreprises de consommation (qu’elles soient de base ou discrétionnaires) est influencée par des facteurs démographiques, comme le vieillissement de la population.
Les entreprises de biens de consommation de base dépendent notamment de la stabilité de leur part de marché, de la force de leurs marques et de l’efficacité de leur distribution.
Les entreprises de biens de consommation discrétionnaire sont plus sensibles à l’évolution des habitudes de dépenses et aux tendances de consommation.
Services publics et immobilier
Les services publics fournissent des services essentiels comme l’électricité, l’eau et le gaz naturel, généralement à des tarifs réglementés. Les fiducies de placement immobilier (FPI) détiennent et exploitent des immeubles générateurs de revenus, comme des immeubles résidentiels, des centres commerciaux ou des bureaux. Dans les deux cas, ces entreprises comptent sur des flux de trésorerie stables et ont souvent recours à l’endettement : les variations des taux d’intérêt peuvent donc influencer leurs coûts d’emprunt et la valeur que leur accordent les investisseurs.
Indicateurs utiles pour comprendre les secteurs des services publics et de l’immobilier
Croissance de la base tarifaire : Montre dans quelle mesure un service public construit ou modernise des infrastructures (lignes électriques, pipelines, etc.). Une base tarifaire en croissance constitue généralement un socle pour des bénéfices plus élevés à long terme.
Taux de croissance annuel composé de la base tarifaire (TCAC) : Indique à quelle vitesse la base tarifaire d’un service public augmente en moyenne chaque année. Cet indicateur aide à juger de la régularité de la croissance à long terme.
Rendement des capitaux propres (RCP) : Correspond au niveau de profit qu’un organisme de réglementation autorise un service public à dégager sur les sommes investies dans ses réseaux (notamment les infrastructures). Il fixe ainsi des attentes claires quant aux rendements possibles, sans prise de risque excessive.
Fonds provenant de l’exploitation : Principal indicateur de bénéfices des fiducies de placement immobilier (FPI). Il met l’accent sur les flux de trésorerie réels générés par les loyers, ce qui facilite l’évaluation du revenu d’une FPI.
Taux d’occupation : Indique la proportion des immeubles d’une FPI qui sont loués. Un taux d’occupation élevé est généralement synonyme de revenus plus stables.
Ce qu’il faut considérer pour évaluer les entreprises des secteurs des services publics et de l’immobilier
Ces secteurs sont généralement défensifs et axés sur le versement de dividendes, ce qui attire les investisseurs en quête de revenus.
Les services publics sont fortement influencés par la réglementation gouvernementale et sectorielle, ainsi que par les plans d’infrastructure à long terme. Leur croissance est donc stable, mais souvent modérée.
Les FPI varient grandement selon le type d’actifs détenus (p. ex., industriel, résidentiel, commercial, bureaux, centres de données), et ces segments peuvent réagir différemment selon le cycle économique.
Comment appliquer l’analyse sectorielle (et éviter les erreurs courantes)
L’analyse sectorielle consiste surtout à savoir quels facteurs comptent pour quels types d’entreprises. Nul besoin d’une expertise approfondie pour l’intégrer à votre stratégie de placement. Un cadre simple peut vous aider à la mettre en pratique et à éviter les pièges les plus fréquents.
Les meilleures pratiques en analyse sectorielle
Appuyez-vous sur des sources propres au secteur. Consultez des graphiques, des mises à jour trimestrielles et des aperçus sectoriels provenant de firmes de recherche, d’associations sectorielles ou de présentations aux investisseurs des entreprises. Ces sources expliquent souvent les principaux moteurs, les risques et les indicateurs clés du secteur.
Concentrez-vous sur les bons indicateurs. Inutile de tout suivre. Chaque secteur a quelques ICP (indicateurs clés de rendement) qui comptent vraiment, comme ceux que nous avons résumés dans la section précédente.
Comprenez le paysage concurrentiel. Repérez les principaux acteurs du secteur et ce qui leur donne un avantage.
Gardez un œil sur la réglementation et les grandes tendances. Les politiques publiques, la démographie et des facteurs économiques comme l’inflation et les taux d’intérêt peuvent tous faire évoluer le rendement d’un secteur.
Erreurs courantes en analyse sectorielle
Appliquer les mêmes indicateurs à des secteurs très différents.
Ignorer les cycles économiques et leur effet sur chaque secteur.
Surpondérer des secteurs « à la mode » en se basant uniquement sur leurs rendements récents.
Négliger les changements réglementaires ou technologiques qui peuvent transformer certains secteurs.
Concentrer excessivement son portefeuille dans un seul secteur.
Créer un déséquilibre entre secteurs cycliques et défensifs.
Ne pas aligner les caractéristiques sectorielles (p. ex., croissance ou revenu stable) avec ses objectifs de placement personnels.
En comprenant ce qui explique les mouvements des différents secteurs, vous pouvez bâtir un portefeuille mieux équilibré et plus résilient face aux changements de marché et à la volatilité économique à long terme. L’analyse sectorielle n’est pas forcément compliquée : repérer les facteurs qui comptent vraiment, suivre les grandes tendances et garder un œil sur les cycles économiques peut déjà améliorer nettement vos décisions.

