Les dividendes font rarement les gros titres. Comparés aux actions de croissance, comme celles des étoiles montantes de la tech, ils ont quelque chose d’un peu old-school. Mais mine de rien, au cours des dix dernières années, les dividendes ont généré près de 40 % du rendement total du S&P 500. Autrement dit, une part importante de la richesse boursière à long terme provient des sommes versées aux actionnaires, et pas seulement de la hausse des cours.
Beaucoup de gens passent à côté des actions à dividendes. Pourquoi? Parce qu’ils se disent que l’essentiel, c’est un cours qui monte.
Pourtant, les dividendes ne sont pas à sous-estimer. Loin d’être qu’un petit plus, ils peuvent jouer un rôle clé dans la création de richesse à long terme et rendre votre coussin non seulement plus confortable, mais capable d’absorber le choc des marchés. C’est exactement l’idée du rendement total : au lieu de ne regarder que les dividendes ou la hausse du cours, vous additionnez les deux – et vous tenez compte de l’effet du réinvestissement au fil du temps.
En comprenant le fonctionnement des dividendes (versement, croissance, pièges à éviter, etc.) et en les intégrant à une stratégie axée sur le rendement total, vous pouvez construire un portefeuille plus robuste et résilient.
Que sont les dividendes?
Commençons par la base : un dividende, c’est une somme qu’une entreprise verse à ses actionnaires. Quand une entreprise gagne plus d’argent qu’il ne lui en faut pour fonctionner et financer sa croissance, elle peut choisir d’en redistribuer une partie.
Le mot « choisir » compte. Certaines entreprises ne versent aucun dividende et réinvestissent tout dans leurs activités. Ce n’est pas un problème en soi. Cela dit, des dividendes versés régulièrement, année après année, sont souvent un bon signal : l’entreprise est stable et génère des flux de trésorerie prévisibles.
Et leurs avantages ne s’arrêtent pas au revenu. De nombreuses entreprises bien établies augmentent leurs dividendes au fil du temps, parfois plus vite que l’inflation, ce qui vous aide à suivre la hausse du coût de la vie. Enfin, les dividendes peuvent vous aider à garder le cap : recevoir des versements réguliers facilite la discipline, surtout quand les cours s’agitent et que la tentation de sortir (ou de rentrer) au mauvais moment se fait sentir.
Comment les actions à dividendes se comportent-elles selon les cycles de marché?
Selon le cycle, les actions à dividendes ne réagissent pas comme celles qui n’en versent pas.
En marché baissier. Quand les cours reculent et que la confiance s’érode, les actions à dividendes résistent généralement mieux. Comme une partie de leur rendement provient des revenus de l’entreprise, et pas seulement des variations de prix, les dividendes peuvent rester relativement stables (même s’ils peuvent être réduits brusquement dans des cas extrêmes) et atténuer l’effet des baisses de cours. À l’inverse, les actions de croissance ont tendance à être plus vulnérables en marché baissier : la prudence prend le dessus et l’appétit pour le risque diminue. Or, comme leur rendement dépend entièrement de l’évolution du cours, rien ne vient amortir la chute quand les prix baissent.
En période de volatilité. Même si les cours fluctuent fortement, les dividendes continuent d’être versés et créent une entrée d’argent régulière. Réinvesti quand les prix sont plus bas, ce flux peut renforcer l’effet des intérêts composés à long terme.
En phase de reprise. Quand les marchés se redressent, beaucoup d’entreprises augmentent leurs dividendes, ce qui peut donner un coup de pouce aux rendements. Et comme ces sociétés sont souvent plus établies et plus stables, leur rebond tend à être plus rapide et plus constant que celui d’un nouveau joueur.
Comment savoir si un dividende est viable
Si vous envisagez d’investir dans une action qui verse des dividendes, une question s’impose : ce dividende est-il durable?
Pour le vérifier, deux indicateurs reviennent souvent : le taux de distribution et le ratio de couverture du dividende.
Le taux de distribution indique quelle part des bénéfices d’une entreprise est versée en dividendes.
Le ratio de couverture du dividende indique combien de fois les bénéfices couvrent le dividende.
Comment calculer le taux de distribution
Il existe deux méthodes courantes pour calculer le taux de distribution :
1) Dividendes par action ÷ bénéfice par action
2) Total des dividendes ÷ bénéfice net
Voici des exemples illustrant ces deux formules :
1) Supposons qu’une entreprise réalise un bénéfice de 1 $ par action et verse un dividende de 0,40 $. Son taux de distribution est donc de 40 %. Autrement dit, l’entreprise conserve 60 % de ses bénéfices pour les réinvestir dans ses activités et verse les 40 % restants à ses actionnaires.
2) L’entreprise compte 100 millions d’actions en circulation (c’est-à-dire détenues par des actionnaires). Le total des dividendes versés s’élève alors à 40 millions de dollars (0,40 $ par action × 100 millions d’actions). Le bénéfice net est de 100 millions de dollars (1,00 $ par action × 100 millions d’actions). En divisant 40 millions par 100 millions, on obtient le même taux de distribution de 40 %.
Un taux de distribution plus élevé n’est pas nécessairement préférable à un taux plus faible ou vice versa. Tout dépend de l’entreprise et du secteur dans lequel elle évolue.
Comment calculer le ratio de couverture du dividende
Le ratio de couverture du dividende se calcule à partir des mêmes données que le taux de distribution, mais dans l’ordre inverse :
1) Bénéfice par action ÷ dividende par action
2) Bénéfice net ÷ total des dividendes
À partir du même exemple que pour le taux de distribution :
1) Supposons qu’une entreprise réalise un bénéfice de 1,00 $ par action et verse un dividende de 0,40 $. En divisant le bénéfice par action par le dividende par action, on obtient un ratio de couverture de 2,5.
2) Si l’entreprise compte 100 millions d’actions en circulation, que le total des dividendes versés s’élève à 40 millions de dollars et que le bénéfice net atteint 100 millions de dollars, le calcul du bénéfice net divisé par le total des dividendes donne le même ratio de couverture de 2,5.
Un ratio de couverture de 2,5 signifie que l’entreprise génère deux fois et demie le montant nécessaire pour verser son dividende. En règle générale, un ratio de 1,5 ou plus est un signe de sécurité (même si cela varie selon le secteur et le modèle d’affaires). Plus le ratio de couverture est élevé, plus l’entreprise a de marge de manœuvre si ses bénéfices diminuent. Cela dit, un chiffre plus élevé ou plus faible n’est pas automatiquement bon ou mauvais. Comme pour le taux de distribution, tout dépend de l’entreprise et du secteur où elle évolue.
Taux de distribution et ratio de couverture par secteur
Le taux de distribution et le ratio de couverture du dividende varient d’un secteur à l’autre, puisque les besoins de trésorerie et les rythmes de croissance ne sont pas les mêmes partout. Voici les fourchettes qu’on observe le plus souvent dans les principaux secteurs :
Secteurs matures. Les services publics et les entreprises bien établies du secteur des biens de consommation de base entrent souvent dans cette catégorie. Comme leur croissance est généralement lente et stable, elles n’ont pas besoin d’importants apports de trésorerie pour se développer.
Taux de distribution : souvent entre 60 % et 80 %
Ratio de couverture du dividende : généralement entre 1,2 et 1,7 fois
Secteurs en croissance. Les entreprises à forte croissance (comme certaines jeunes entreprises technologiques ou des sociétés d’appareils médicaux) doivent réinvestir autant que possible pour financer la recherche et le développement et lancer de nouveaux produits. Il arrive aussi qu’elles ne versent aucun dividende.
Taux de distribution : souvent entre 20 % et 40 %
Ratio de couverture du dividende : généralement 2,5 fois et plus
Secteurs cycliques. Les entreprises dont l’activité suit les cycles économiques (par exemple, dans le secteur industriel) affichent souvent des taux de distribution plus faibles, puisqu’elles doivent garder des liquidités pour traverser les creux.
Taux de distribution : généralement plutôt bas
Ratio de couverture du dividende : idéalement de 3 fois ou plus pendant les périodes favorables, afin de conserver une marge de manœuvre quand les bénéfices fléchissent.
Fiducies de placement immobilier (FPI). Par obligation légale, les FPI doivent verser la majeure partie de leurs bénéfices en dividendes. Leurs ratios diffèrent donc nettement, sans que ce soit forcément un signal d’alarme.
Taux de distribution : souvent très élevés (ce qui est normal pour les FPI)
Ratio de couverture du dividende : à évaluer de préférence avec des mesures fondées sur les flux de trésorerie plutôt que sur les bénéfices
Ce qu’il faut surveiller dans les ratios de dividendes
Le taux de distribution et le ratio de couverture du dividende sont deux indicateurs clés pour évaluer une entreprise qui verse des dividendes. Ils donnent une idée de la viabilité réelle d’un dividende. Mais un ratio observé sur une seule année ne suffit pas à lui seul. Ce sont surtout les tendances et les signaux d’alerte qui comptent.
Cherchez des tendances stables à long terme. Regardez les ratios d’une entreprise sur les cinq à dix dernières années. Un taux de distribution qui demeure relativement constant, ou un ratio de couverture qui reste confortablement au-dessus de 1, est souvent le signe d’une gestion rigoureuse et de flux de trésorerie fiables, bien maîtrisés.
Mettez les pics et les creux en contexte. Un taux de distribution peut grimper d’un coup, ou un ratio de couverture chuter, sans que le dividende ait bougé. En ralentissement économique, en période de volatilité sectorielle ou après un événement inhabituel, les bénéfices peuvent baisser. Ce n’est pas forcément un signal d’alarme si tout se normalise ensuite.
Comparez le discours de la direction et les chiffres. Beaucoup d’entreprises indiquent publiquement la fourchette de taux de distribution qu’elles visent. Si l’entreprise reste dans cette fourchette pendant plusieurs années, c’est généralement un bon signe de gestion et de durabilité. En revanche, si le taux de distribution dépasse souvent la cible, ou si le ratio de couverture se resserre alors que les bénéfices restent stables, cela peut indiquer que le dividende devient plus difficile à maintenir.
Surveillez les fortes variations des bénéfices. Quand les profits d’une entreprise fluctuent beaucoup d’une année à l’autre, les deux ratios deviennent moins fiables et donc moins utiles pour évaluer un dividende.
Les limites des ratios de dividendes
Le taux de distribution et le ratio de couverture du dividende sont utiles, mais ils ont aussi leurs limites. Comme ils reposent sur les bénéfices déclarés par l’entreprise, ils peuvent être faussés par différents facteurs. Par exemple, des dépréciations d’actifs ou des gains et pertes ponctuels peuvent faire varier fortement les bénéfices d’une année à l’autre. Ces variations peuvent à leur tour déformer les ratios et donner l’impression qu’un dividende est plus sûr ou plus risqué qu’il ne l’est réellement. De plus, les normes comptables varient d’un secteur à l’autre, ce qui peut compliquer les comparaisons.
C’est pourquoi il est préférable d’examiner le taux de distribution en parallèle avec d’autres indicateurs financiers, comme le niveau d’endettement, les flux de trésorerie et l’historique de l’entreprise en matière de maintien ou d’augmentation de ses dividendes.
Croissance des dividendes : l’avantage des intérêts composés
Certaines entreprises augmentent régulièrement leurs dividendes. Si vous les réinvestissez, vous profitez pleinement de l’effet des intérêts composés : chaque versement sert à acheter des actions supplémentaires, ce qui peut faire croître vos futurs dividendes et, au bout du compte, votre rendement total.
Comment évaluer la croissance des dividendes
Si vous avez repéré une entreprise dont les dividendes ont augmenté au fil du temps, l’étape suivante consiste à vérifier si cette croissance est durable et si le dividende reste fiable. Quelques indicateurs simples peuvent vous aider :
Taux de croissance : À quel rythme le dividende a-t-il augmenté au cours des cinq à dix dernières années? Progression lente et régulière, ou hausse rapide?
Régularité : Pendant combien d’années consécutives l’entreprise a-t-elle augmenté son dividende?
Durabilité : La croissance des dividendes repose-t-elle clairement sur une hausse des bénéfices et des flux de trésorerie?
Comment anticiper la croissance des dividendes
Pour évaluer si une entreprise est en mesure de continuer à augmenter son dividende, il faut repérer des signes de solidité à long terme :
Croissance des bénéfices : l’entreprise augmente-t-elle ses profits de façon constante?
Potentiel d’expansion : Évolue-t-elle dans des marchés où la demande peut encore croître?
Avantage concurrentiel : Est-elle en mesure de maintenir ou de renforcer sa position concurrentielle au fil du temps?
Le rôle des dividendes dans le rendement total
Les dividendes ne représentent qu’une partie de ce que vous rapporte une action. L’autre, c’est la variation du cours. Le rendement total tient compte des deux : le revenu que vous recevez sous forme de dividendes et la croissance de la valeur de vos actions. Et si vous réinvestissez ces dividendes, vous achetez plus d’actions, ce qui peut augmenter vos rendements futurs grâce à l’effet de l’intérêt composé. C’est pour ça que, sur le long terme, le rendement total est souvent le meilleur point de repère.
Pièges courants de l’investissement axé sur les dividendes et comment les éviter
Comme toute stratégie de placement, l’investissement axé sur les dividendes n’est pas une science exacte. Voici comment éviter les erreurs les plus fréquentes et prendre des décisions éclairées pour protéger votre portefeuille.
Vouloir à tout prix le rendement le plus élevé. Un rendement de dividende très élevé (le dividende, en % du cours actuel) peut sembler alléchant, mais c’est parfois un signal de détresse financière ou un dividende impossible à maintenir. Pour éviter le piège, comparez le rendement de l’entreprise à celui de son secteur et vérifiez que ses bénéfices et ses flux de trésorerie couvrent le dividende sans forcer.
Sous-estimer le risque de réduction du dividende. Quand une entreprise réduit son dividende, l’impact peut être double : moins de revenu, et un cours qui recule. On ne peut pas toujours éviter ce type de décision, mais on peut en limiter le risque. Regardez l’évolution du taux de distribution et du ratio de couverture sur plusieurs années, vérifiez si le dividende a tenu lors de périodes difficiles, et méfiez-vous des entreprises dont les dividendes augmentent alors que les bénéfices stagnent (ou diminuent).
Trop miser sur quelques secteurs. Les portefeuilles axés sur les dividendes sont souvent très exposés à des secteurs comme les services publics, les biens de consommation de base ou les FPI. Un manque de diversification peut créer des angles morts et accroître le risque. Si vous investissez dans des entreprises qui versent des dividendes, veillez à répartir vos placements entre différents secteurs, à combiner des actions de croissance avec celles d’entreprises plus matures et à ajuster la taille de vos positions selon la fiabilité du dividende.
Mal comprendre les dates clés et l’impôt. Si vous ne maîtrisez pas les dates de dividende et les règles fiscales, vous risquez d’avoir de mauvaises surprises ou de faire des transactions au mauvais moment. Pour toucher le prochain dividende, vous devez détenir l’action avant la date limite qui détermine qui a droit au versement à venir (la date ex-dividende). Au Canada, le traitement fiscal dépend notamment du type de dividende (p. ex. déterminé ou non déterminé), ce qui peut changer le montant que vous conservez après impôt. Les dividendes déterminés donnent droit à un crédit d’impôt plus avantageux, et se traduisent généralement par une facture fiscale moins élevée. (Aux États-Unis, on parle souvent de dividendes « qualified » et « ordinary ».)
Il n’existe pas de formule toute faite pour réussir avec les dividendes. En revanche, bien comprendre leur fonctionnement et savoir comment les évaluer peut vous aider à prendre des décisions plus éclairées et plus sûres. En misant sur des entreprises bien gérées, dont les dividendes évoluent sainement, et sur le bon équilibre entre revenu et croissance, vous pouvez bâtir un portefeuille axé sur les dividendes qui progresse régulièrement au fil du temps. Et si vous regardez les dividendes sous l’angle du rendement total, vous voyez plus clairement comment ils peuvent soutenir votre stratégie de création de richesse à long terme.


