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Grecques avancées des options : maîtriser les dynamiques du marché

Mis à jour 16 février 2026

Résumé

Négocier des options sans comprendre les lettres grecques avancées, c’est comme piloter un avion à vue. Ça fonctionne quand le ciel est dégagé. Mais dès que ça se couvre – volatilité en hausse, échéance qui approche –, les instruments de bord deviennent essentiels.

Disons que vous savez déjà bien vous repérer dans une chaîne d’options. Pour vous, le delta n’est pas qu’une compagnie aérienne, et le thêta, pas juste une lettre grecque vue sur un campus. Vous comprenez les « grecques de base » (delta, gamma, thêta, véga et rhô). Vous vous en êtes même déjà servi pour effectuer quelques opérations? Excellent. Vraiment. C’est déjà plus que la plupart des gens. 

Mais si vous avez déjà vu une opération évoluer contre vous d’une manière que les calculs de base n’expliquent pas, ou si vous vous êtes déjà demandé pourquoi les teneurs de marché se comportent de façon étrange juste avant l’échéance, vous avez probablement déjà vu les grecques avancées à l’œuvre.

Revenons au poste de pilotage un instant : les grecques de base, c’est votre indicateur de vitesse (delta) et votre jauge d’essence (thêta). Elles vous indiquent à quelle vitesse vous avancez et à quel rythme vous consommez du carburant. Ce sont des approximations de premier ordre, qui supposent un monde statique. Sauf que le marché, lui, ne l’est jamais. 

La gestion avancée des risques, c’est tout le reste : les voyants qui clignotent et les commandes autour de vous. Pour tenir le cap en période de volatilité, les négociateur·rices les plus aguerri·es s’appuient sur les grecques de deuxième ordre, voire de troisième ordre. Elles servent à mesurer l’évolution des grecques de base elles-mêmes. 

En respectant la puissance du gamma, en prenant le pouls de la peur avec le véga et en gardant un œil sur les mouvements plus subtils du charm et du vanna, vous pouvez gérer vos positions avec un niveau de précision que les stratégies « acheter et espérer » n’atteignent tout simplement pas.

Gamma : l’accélérateur de votre position

Commençons par un concept familier, mais regardons-le sous un autre angle. Le gamma mesure le taux de variation du delta d’une option pour chaque mouvement de 1 $ de l’actif sous-jacent.

Si le delta correspond à votre vitesse (l’ampleur de la variation du prix de l’option par rapport à l’action), le gamma, c’est votre accélération.

  • Gamma faible – Vous conduisez un paquebot. Changer de cap ou accélérer prend du temps.

  • Gamma élevé – Vous êtes au volant d’une voiture de formule 1. Vous appuyez légèrement sur l’accélérateur (le prix bouge un peu), et votre vitesse (delta) grimpe en flèche.

Le gamma est la grecque du « ça passe ou ça casse » : 

  1. Si vous achetez des options (position acheteur), votre gamma est positif. C’est la zone la plus favorable. Quand l’action évolue dans votre sens, votre delta augmente : vos gains s’accélèrent. Quand l’action évolue contre vous, votre delta diminue : vos pertes ralentissent. C’est un peu comme un filet de sécurité qui fait aussi office de tremplin.

  2. Si vous vendez des options (position vendeur), votre gamma est négatif. Là, on entre dans la zone de danger. Si le marché évolue contre vous, les pertes s’accélèrent. En pratique, c’est comme ramasser des sous devant un rouleau compresseur.

Quand le gamma est-il le plus élevé?

Le gamma a un petit côté diva, et adore les échéances. Il atteint un sommet quand une option est à parité et proche de l’échéance. 

C’est ce qu’on appelle le risque lié au gamma.

À l’approche de l’échéance, un très léger mouvement du titre peut faire bondir le delta en quelques secondes.

Cette instabilité explique souvent pourquoi les personnes actives sur le marché des options commencent à reporter leurs positions avant la semaine d’échéance, afin d’éviter des positions à gamma élevé devenues trop erratiques.

Véga et volatilité de la volatilité : les grecques de la volatilité

La plupart des gens voient le marché en deux dimensions : le prix et le temps. Mais il existe une troisième dimension : la peur.

Dans la négociation d’options, cette peur se quantifie par la volatilité implicite (VI), et on la mesure avec le véga.

Véga : sensibilité à la volatilité implicite

Le véga mesure de combien le prix d’une option varie lorsque la volatilité implicite augmente ou diminue d’un point de pourcentage.

Un véga élevé signifie qu’une option est très sensible aux sautes d’humeur du marché. Les options à long terme affichent généralement le véga le plus élevé. 

Les principaux profils sont les suivants :

  • Véga positif :

    • Vous achetez des options.

    • Vous recherchez la volatilité.

    • La panique sur les marchés et la hausse de la VI jouent en votre faveur, car les primes gonflent.

  • Véga négatif :

    • Vous vendez des options.

    • Vous recherchez le calme.

    • Des marchés plus calmes et une baisse de la VI jouent en votre faveur, car vous conservez la prime.

Négocier la volatilité de la volatilité (vol-of-vol)

C’est ici que ça devient méta. Le véga vous indique ce qui se passe quand la volatilité change. La volatilité de la volatilité pose une autre question : à quelle vitesse la volatilité elle-même est-elle en train de changer?

Il n’existe pas de lettre grecque universellement reconnue pour ce paramètre (même si certaines personnes en finance quantitative utilisent le terme « vomma »), mais le concept est essentiel. Les personnes qui négocient des options ne misent pas seulement sur une volatilité élevée ou faible : elles misent aussi sur l’accélération de la peur.

C’est un facteur clé, surtout autour des grandes annonces, comme la publication des résultats d’une entreprise ou les décisions de la Réserve fédérale américaine. 

Exemple

Imaginons qu’une entreprise s’apprête à publier ses résultats. Tout le monde est sur les nerfs. La VI grimpe. Le véga aussi.

Dès que les résultats sont publiés, l’incertitude s’évapore. 

Même si le titre part dans tous les sens, la peur retombe. La VI chute.

C’est ce qu’on appelle l’effondrement de la volatilité (volatility crush). 

Si vous étiez en situation de véga positif (en détenant des options d’achat ou de vente) pendant la publication des résultats, vous pourriez perdre de l’argent, même en ayant correctement anticipé la direction du titre. 

Pourquoi? Parce que la baisse de la VI a fait baisser la valeur de l’option plus vite que le mouvement du titre ne l’a fait monter.

Certaines personnes cherchent justement à l’anticiper. 

Elles peuvent chercher à reporter leurs options vers une échéance plus lointaine, où la sensibilité au véga est différente, ou structurer des opérations en véga négatif pour tirer parti de cet effondrement.

Grecques de troisième ordre : charm et vanna en bref

 Si le delta est la vitesse et le gamma l’accélération, les grecques de troisième ordre sont la résistance de l’air. Elles sont plus subtiles, mais elles expliquent pourquoi les marchés bougent parfois sans raison apparente.

Le charm et le vanna sont essentiels pour comprendre comment les grandes institutions et les teneurs de marché couvrent leurs positions, ce qui peut influencer les mouvements de prix – surtout près de l’échéance. Et comme les teneurs de marché contrôlent une grande part de la liquidité, comprendre ces grecques vous aide à lire le mouvement plutôt qu’à le subir.

Charm : le delta qui change avec le temps

Le charm, aussi appelé décroissance du delta, mesure de combien votre delta change simplement parce qu’une journée s’est écoulée, en supposant que le prix de l’actif sous-jacent et la volatilité restent inchangés.

Prenons un exemple : vous détenez une option d’achat avec un delta de 0,20, nettement hors jeu. À mesure que l’échéance approche, la probabilité que cette option arrive à échéance en jeu diminue. Son delta dérive donc naturellement vers zéro. Cette dérive, c’est le charm.

C’est important, parce que le charm est le plus élevé pour les options à parité proches de l’échéance. Il explique aussi une partie de la pression de couverture observée en séance à l’approche de l’échéance, lorsque les teneurs de marché doivent ajuster leurs couvertures simplement pour tenir compte du passage du temps.

L’effet week-end 

Les teneurs de marché doivent souvent ajuster leurs couvertures le vendredi après-midi, parce que le passage du temps pendant le week-end (charm) modifie leur risque lié au delta d’ici au lundi matin. Cela peut entraîner des mouvements de prix inhabituels en fin de semaine, puisque des milliards de dollars de couvertures sont ajustés uniquement pour tenir compte du passage du temps.

Vanna : l’effet de la volatilité sur le delta

Le vanna mesure de combien le delta change quand la VI change. C’est en quelque sorte le point de rencontre du delta et du véga.

Si la volatilité grimpe, la probabilité qu’une option arrive à échéance en jeu peut augmenter (ou diminuer). Et cette variation se répercute sur le delta. 

Le vanna joue un rôle clé dans les mouvements de marché quand la VI s’envole ou s’effondre rapidement, notamment lors d’un effondrement de la volatilité.

Imaginons un marché en forte baisse. La peur monte, la VI grimpe. Sous l’effet du vanna, les positions vendeur sur options de vente des teneurs de marché deviennent encore plus exposées à la baisse (delta négatif) à mesure que la VI augmente.

Pour rééquilibrer leur exposition, ils doivent vendre davantage d’actions. Or, ces ventes accentuent la baisse du marché. 

La baisse nourrit la peur et fait encore monter la VI. Puis la hausse de la VI déclenche de nouvelles ventes liées au vanna.

C’est une boucle de rétroaction. Le vanna peut transformer une correction en chute brutale, ou une hausse en emballement.

Gestion avancée des grecques : un résumé

D’accord, on vient de passer à travers pas mal de lettres grecques. Vous vous demandez peut-être : est-ce que j’ai vraiment besoin de calculer le vanna pour négocier un écart vertical? Probablement pas. Mais comprendre ces concepts change votre façon de voir le marché. On passe d’une lecture statique à une lecture dynamique.

Voici ce qu’il faut garder en tête au moment de les mettre en pratique : 

Les grecques forment un système

On ne peut pas analyser ces indicateurs isolément. Une variation du temps (thêta) influence votre risque lié au gamma. Une hausse de la volatilité (véga) modifie votre exposition directionnelle (vanna).

Quand vous négociez, vous gérez un écosystème vivant de variables. Le charm et le vanna aident à prévoir quand et pourquoi le gamma et le delta vont bouger, ce qui vous donne une marge de manœuvre cruciale pour ajuster vos opérations. 

Reporter ou ne pas reporter?

L’une des applications les plus concrètes des grecques avancées consiste à déterminer quand commencer à reporter ses options.

Reporter une option, c’est simplement fermer la position actuelle et en ouvrir une nouvelle avec une échéance ou un prix de levée différents. 

Si vous constatez que votre risque gamma s’envole parce que vous êtes trop près de l’échéance, vous pouvez reporter vers une échéance plus lointaine afin d’aplanir cette courbe de risque.

Si vous constatez que votre exposition au vanna joue contre vous parce que la volatilité change, vous pouvez reporter vers un autre prix de levée pour en atténuer l’effet.

Mais n’oubliez pas : les personnes les plus aguerries ne reportent pas leurs options uniquement parce qu’elles perdent. Elles utilisent plutôt des stratégies de report pour ajuster leur exposition aux grecques (passer d’un gamma élevé à un gamma plus faible, ou d’un véga négatif à un véga positif), selon leur scénario de marché. 

Approche gamma positif ou gamma négatif

Au final, tout se joue surtout sur deux approches :

  1. Les personnes en situation de gamma positif sont comme des chasseurs : elles cherchent du mouvement pour tirer profit de la petite spéculation (scalping) et de l’ajustement des couvertures.

  2. Les personnes en situation de gamma négatif sont comme des pêcheurs : elles lancent leur filet, encaissent la prime et laissent le thêta faire son travail.

Quoi qu’il en soit, il faut continuer d’apprendre, continuer d’ajuster ses couvertures et se rappeler que dans l’univers des options, la seule constante, c’est le changement.

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Foire aux questions (FAQ)

Quelle est la principale différence entre le delta et le gamma dans la négociation d’options?

Le delta, c’est la vitesse de variation du prix de votre option (de combien le prix de l’option bouge lorsque l’action varie de 1 $). Le gamma, c’est l’accélération (la vitesse à laquelle ce delta évolue). Le gamma indique donc à quelle vitesse votre profil de risque se transforme quand l’actif sous-jacent bouge.

Pourquoi la petite spéculation en gamma est-elle une stratégie réservée aux personnes expérimentées?

Cette stratégie exige une gestion quasi continue, en temps réel. Pour faire de la petite spéculation en gamma, il faut acheter et vendre fréquemment le sous-jacent afin de maintenir une position à delta neutre. Les principaux défis : des coûts de transaction élevés et le risque d’un titre trop stable. Si le titre ne bouge pas assez pour générer des gains sur petite spéculation, l’érosion quotidienne de la valeur temps (thêta) entraîne une perte.

Comment le vanna influence-t-il l’évolution des prix après une annonce majeure?

Le vanna est souvent un moteur discret de l’effondrement de la volatilité. Quand une VI élevée chute rapidement après un événement (comme la publication de résultats), le vanna force les teneurs de marché à liquider rapidement leurs couvertures en actions. Cette vague d’achats ou de ventes institutionnelles peut provoquer un mouvement directionnel soudain, souvent contre-intuitif, sur le marché.

Peut-on tirer profit d’une option sans mouvement du cours de l’action?

Oui. Si vous vendez des options, vous pouvez profiter du passage du temps, même si le titre reste stable. À l’inverse, si vous détenez des options à long terme, vous pouvez profiter d’une hausse de la volatilité implicite (véga), qui augmente la valeur de l’option même sans mouvement du titre. La petite spéculation en gamma peut aussi, en théorie, générer un profit à partir de variations de prix qui ramènent ensuite le titre à son point de départ.

Quelle grecque est la plus importante pour les options à long terme?

Pour les options à long terme, le véga est généralement la grecque dominante. Comme ces options ont une échéance éloignée, elles sont particulièrement sensibles aux variations des anticipations de volatilité future. Le rhô (sensibilité aux taux d’intérêt) compte aussi davantage pour les opérations à long terme que pour les opérations à court terme.

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