Le moment de l’assignation et de l’exercice anticipé
Vous avez vendu une option d’achat sur des actions que vous possédez. Vous vouliez simplement faire un peu d’argent sur ces actions qui dormaient dans votre compte. Tout à coup, le cours de l’action bondit et dépasse le prix de levée. Résultat : l’option est désormais en jeu.
Et c’est ainsi que le monde des options passe de l’abstrait au concret. Qu’est-ce que vous faites?
Si l’achat d’une option se fait en quelques clics de souris (ou quelques touches sur votre téléphone), l’assignation et l’exercice d’une option peuvent avoir un petit je-ne-sais-quoi de mystérieux.
Mais contrairement à cette personne séduisante qui vous a fait « balayer à droite » sur une application de rencontre, l’assignation et l’exercice des options n’ont rien de mystérieux. Faisons une visite en coulisses.
Assignation ou exercice : les deux faces d’une même médaille
Dans chaque opération sur options, il y a une partie acheteuse et une partie vendeuse.
Partie 1 — Acheteuse. La personne qui détient le droit.
Partie 2 — Vendeuse. The person with the obligation.
L’exercice et l’assignation interviennent lorsque la partie acheteuse décide d’exercer son droit ou que la partie vendeuse est tenue de remplir ses obligations.
Exercice: L’exercice a lieu lorsque la partie acheteuse (position acheteur) décide d’appliquer le contrat. Par exemple, si vous avez acheté une option d’achat et que le cours de l’action monte en flèche, vous pouvez « exercer » votre droit d’acheter l’action au prix de levée.
Assignation: L’assignation intervient lorsque la partie vendeuse (position vendeur) est tenue de remplir le contrat exercé par la partie acheteuse. Par exemple, si vous avez vendu une option d’achat et que la partie acheteuse décide de l’exercer, vous recevez une assignation. Vous avez alors l’obligation de livrer ces actions.
C’est le même principe qu’au restaurant. La personne cliente (partie acheteuse) décide d’exercer son droit de commander le plat du jour. La cuisine (partie vendeuse) se voit alors assigner la tâche de préparer ce plat.
Le parcours d’une assignation
Lorsqu’une partie acheteuse décide d’exercer son droit, sa demande ne vous est pas directement adressée. Elle suit un parcours à la fois précis et aléatoire :
Étape 1 : La partie acheteuse informe sa maison de courtage qu’elle souhaite exercer son option.
Étape 2 : La chambre de compensation (la Corporation canadienne de compensation de produits dérivés ou CDCC au Canada ou l’Options Clearing Corporation aux États-Unis) reçoit la demande.
Étape 3 : À l’aide d’un processus de sélection aléatoire, la chambre de compensation choisit une maison de courtage dont la clientèle détient des positions vendeur sur la même option.
Étape 4 : La maison de courtage utilise un autre processus de sélection aléatoire pour choisir la personne à qui l’option sera assignée.
C’est un peu comme une loterie. Vous avez peut-être vendu la même option d’achat que 1 000 autres, mais vous faites partie des 100 personnes « chanceuses » qui ont reçu une assignation.
Sachez toutefois que le mode d’exercice et d’assignation peut varier d’un style d’option à l’autre.
Style américain ou européen
En Amérique du Nord, la plupart des options sur actions et sur fonds négociés en bourse (FNB) sont « américaines » ou de « style américain ».
Cela veut dire qu’elles peuvent être exercées ou assignées en tout temps avant l’échéance.
Les options « européennes » ou de « style européen » (que l’on trouve généralement sur les grands indices tels que le S&P 500) ne peuvent être exercées qu’au dernier jour.
Que se passe-t-il à l’échéance?
La plupart du temps, le suspense atteint son paroxysme juste avant la ligne d’arrivée.
Il existe une norme courante appelée « exercice automatique ». En règle générale, lorsqu’une option est en jeu de 0,01 $ ou plus lors de la fermeture des marchés à la date d’échéance, la chambre de compensation va automatiquement l’exercer.
Pour la partie acheteuse
Si votre option est en jeu, votre maison de courtage achètera ou vendra automatiquement les actions pour vous (selon que vous ayez acheté une option d’achat ou de vente).
Le hic : vous devez avoir des liquidités ou des actions à portée de main. Par exemple, si vous n’avez pas la capacité d’achat nécessaire pour 100 actions à 200 $, vous vous exposez à des problèmes de marge. Votre maison de courtage pourrait vendre l’option en votre nom avant la fermeture du marché, question d’éviter un casse-tête monumental.
En règle générale, si vous ne voulez pas que votre maison de courtage prenne une telle décision en votre nom, vous devez lui donner des directives contraires bien précises.
Pour la partie vendeuse
Si l’option que vous avez vendue est en jeu, attendez-vous à recevoir une assignation.
En revanche, si le cours de l’action reste inférieur à votre prix de levée (dans le cas d’une option d’achat), le contrat expire sans valeur. Vous conservez la prime, et plus rien ne peut arriver. Vous avez gagné.
Risque lié à la cible : la zone de danger
Le risque lié à la cible se produit lorsque le cours de clôture d’une action le vendredi à 16 h est identique ou presque au prix de levée. Lorsque cela se produit, vous ne savez pas si vous recevrez une assignation ou non.
Si le cours évolue de 0,05 $ pendant les heures de négociation prolongée, une partie acheteuse pourrait exercer son option et lundi matin, vous vous retrouveriez avec une position « surprise » sur des actions.
La nouvelle vitesse de l’argent : le règlement à T+1
En mai 2024, le Canada et les États-Unis ont adopté le cycle de règlement à T+1 pour les actions. Ainsi, lorsque vous achetez ou vendez une action, la propriété et l’argent changent de mains seulement un jour ouvrable plus tard.
Incidence sur vous
Les options ont toujours suivi un cycle de règlement à T+1. En revanche, l’assignation des actions suivait un cycle de règlement à deux jours (T+2).
Depuis, les actions et les options suivent le même cycle de règlement. Par conséquent, si vous recevez une assignation le vendredi, les actions visées par le contrat seront réglées le lundi (sauf si c’est un férié).
Bref, vous disposez de beaucoup moins de temps qu’avant. Autrefois, vous aviez jusqu’à mardi pour combler un déficit de trésorerie ou déposer des actions. Aujourd’hui, le délai est plus court. Vous devez tout régler d’ici lundi matin.
L’exercice anticipé : pourquoi?
La plupart des assignations ont lieu à la date d’échéance, mais il arrive que ce ne soit pas le cas.
Pourquoi quelqu’un exercerait-il une option par anticipation? Voici les principales raisons.
Option de vente profondément en jeu : La partie acheteuse voudra exercer son droit par anticipation afin de récolter l’argent tout de suite.
Dividendes : C’est la raison la plus courante d’une assignation anticipée, dans le cas des options d’achat.
Le piège de l’ex-dividende
Si vous avez vendu une option d’achat couverte, suivez la date ex-dividende de très près.
Les personnes qui achètent des options d’achat vont souvent les exercer si elles sont en jeu juste avant la date ex-dividende, ce qui leur permet de détenir les actions à temps pour recevoir le dividende.
Si vous détenez une position vendeur sur une option d’achat qui est en jeu à l’approche de la date ex-dividende, votre risque d’assignation anticipée augmente considérablement.
Si vous recevez une assignation anticipée :
Vous vendez vos actions au prix de levée. C’est la partie acheteuse qui reçoit le dividende, pas vous.
Si vous ne possédiez pas réellement les actions (autrement dit, si vous aviez une option d’achat non couverte), vous pourriez vous retrouver « à découvert ». Vous devrez rembourser le dividende à la personne à qui vous avez emprunté les actions.
Pour éviter de se retrouver dans cette situation, certaines personnes préfèrent « reporter » leur position (ce qui consiste à fermer la position actuelle et en ouvrir une nouvelle qui arrive à échéance plus tard). Elles peuvent également liquider l’opération avant la date ex-dividende.
Conséquences fiscales au Canada
Pour obtenir des conseils précis en matière d’impôts, nous vous recommandons de toujours consulter votre fiscaliste. Sans vouloir donner de conseils, nous soulignons qu’en règle générale, l’ARC tiendra compte de vos intentions pour ce qui est de l’argent que vous faites sur des options.
Gains en capital. Si vous investissez de façon occasionnelle, les profits sur les options sont généralement considérés comme des gains en capital. Par conséquent, seulement 50 % du montant sera imposable.
Revenu d’entreprise. Si vous négociez tous les jours et que vous utilisez beaucoup de levier ou que vous consacrez vos journées à regarder des graphiques, l’ARC pourrait considérer que vous faites des revenus d’entreprise et qu’ils seront imposables à 100 %.
Les chiffres des assignations
Lorsque vous recevez une assignation, la prime que vous avez initialement reçue n’est pas imposée comme un « gain » distinct. Elle est plutôt intégrée au coût des actions.
Scénario | Formule de l’ARC |
|---|---|
| Assignation d’une option de vente. Vous achetez des actions: La prime que vous avez reçue diminue le prix de base rajusté (PBR) des actions que vous venez d’acheter. | PBR ($) = prix de levée — prime reçue + commissions |
| Assignation d’une option d’achat. Vous vendez des actions: La prime que vous avez reçue augmente votre produit. | Produit ($) = prix de levée + prime reçue — commissions |
| Exercice d’une option d’achat. Vous achetez des actions: La prime que vous avez payée est ajoutée au PBR des actions que vous avez obtenues. | PBR ($) = prix de levée + prime payée + commissions |
Remarque : PBR signifie « prix de base rajusté », c’est-à-dire le prix « officiel » que vous avez payé aux fins de l’impôt.


