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Actions privilégiées : le guide complet

Mis à jour 9 juin 2026

À mi-chemin entre l'action ordinaire et l'obligation, les actions privilégiées offrent des dividendes fixes et une certaine priorité sur les autres actionnaires. Voici ce qui se cache derrière ce nom.

Pourquoi sont-elles « privilégiées »?

En lisant sur les placements, vous êtes peut-être tombé·e sur le terme « actions privilégiées » et vous êtes demandé ce qu'elles avaient de si… privilégié. Le nom évoque la section VIP de la bourse, et à certains égards, c'est exactement ça.

Concrètement, une action privilégiée est un titre qui représente une part de propriété dans une entreprise, mais qui verse des dividendes fixes et prévisibles, un peu comme le coupon d'une obligation. Contrairement aux actions ordinaires, celles auxquelles la plupart des gens pensent quand on parle d'« actions en bourse », les actions privilégiées misent davantage sur un revenu stable que sur le potentiel de croissance. On les appelle parfois aussi « actions de préférence », et en anglais, on les croise sous les noms de preferred shares, preferreds ou (aux É.-U.) preferred stock : c'est du pareil au même. Au bilan d'une entreprise, les actions privilégiées occupent une zone bien à elles : on les classe dans les capitaux propres privilégiés, quelque part entre la dette (les obligations) et les capitaux propres ordinaires (les actions ordinaires).

Quatre caractéristiques qui les définissent :

  • Une part de propriété dans l'entreprise : En détenant une action privilégiée, vous devenez partiellement propriétaire de l'entreprise. On parle ici de capitaux propres, pas de dette.

  • Des dividendes fixes : Le taux de dividende est généralement établi d'avance, ce qui rend les versements prévisibles, un peu comme le coupon d'une obligation.

  • Une priorité sur les actionnaires ordinaires : Si vous détenez des actions privilégiées, vous passez avant celles et ceux qui détiennent des actions ordinaires.

  • Des droits de vote limités : En règle générale, les actions privilégiées ne donnent pas voix au chapitre dans les décisions de l'entreprise.

C'est précisément ce compromis, un revenu stable en échange d'un pouvoir décisionnel restreint, qui fait l'attrait des actions privilégiées. Elles parlent surtout aux personnes qui privilégient un flux de revenus prévisible plutôt qu'un droit de vote à l'assemblée annuelle.

Le mode d'emploi des actions privilégiées

Pour bien saisir ce qu'on achète quand on investit dans des actions privilégiées, il faut comprendre trois choses : comment les dividendes sont versés, à quoi on renonce côté droits de vote, et comment fonctionne le rachat par l'entreprise.

Des dividendes versés en priorité

Le dividende d'une action privilégiée est un versement fixe, exprimé soit comme un pourcentage de la valeur nominale de l'action, soit comme un montant en dollars par action. Et quand une entreprise a en circulation à la fois des actions privilégiées et des actions ordinaires, les dividendes des actions privilégiées doivent être versés en premier, avant que les personnes qui détiennent des actions ordinaires ne touchent un sou.

Une distinction importante existe entre deux variantes. Avec les actions privilégiées cumulatives, tout dividende non versé s'accumule et doit être payé en totalité avant que les actionnaires ordinaires reçoivent quoi que ce soit. Les actions privilégiées non cumulatives n'offrent pas cette protection : un dividende sauté est perdu pour de bon.

À garder en tête : même si les dividendes privilégiés ont la priorité, ils ne constituent pas une obligation légale comme les intérêts d'une obligation. Une entreprise peut suspendre ses dividendes privilégiés en période de difficulté financière sans pour autant être techniquement en défaut. Cela dit, une suspension reste rare et signale habituellement de sérieux problèmes.

Peu ou pas de droit de vote

En général, les personnes qui détiennent des actions privilégiées ne votent pas sur les questions d'entreprise, c'est-à-dire qu'elles n’ont pas leur mot à dire dans l'élection du conseil d'administration, les acquisitions majeures ou les décisions stratégiques. C'est le compromis fondamental : on renonce à la voix au chapitre en échange de la priorité sur les dividendes et d'un revenu plus prévisible.

Dans certaines circonstances limitées (par exemple, si une entreprise suspend ses dividendes privilégiés pendant une période prolongée), les actionnaires privilégiés peuvent obtenir des droits de vote temporaires. Mais pour avoir une réelle influence sur la gouvernance d'une entreprise, ce sont les actions ordinaires qui comptent.

Valeur nominale et rachat

Au Canada, la plupart des actions privilégiées sont émises avec une valeur nominale de 25 $. C'est la valeur attribuée à l'émission, et c'est aussi le prix auquel l'entreprise peut racheter les actions.

Beaucoup d'actions privilégiées sont « rachetables au gré de l'émetteur ». Autrement dit, l'entreprise se réserve le droit de les racheter à leur valeur nominale après une date donnée. Quand elle exerce ce droit, c'est généralement parce que les taux d'intérêt ont baissé et qu'elle peut désormais émettre de nouvelles actions à un taux de dividende plus faible.

Caractéristique
Actions privilégiées
Actions ordinaires
Versement des dividendesFixes, versés en premierVariables, versés après les privilégiées
Droits de voteGénéralement aucunOui
Volatilité du prixPlus faiblePlus élevée
Rang en cas de liquidationDeuxième (après les obligataires)Dernier
Potentiel de croissanceLimitéPlus élevé

Les versements de dividendes

Les actions privilégiées versent des dividendes fixes qui doivent être distribués avant tout dividende sur les actions ordinaires. Les dividendes des actions ordinaires, eux, relèvent entièrement de la discrétion du conseil d'administration : ils peuvent être réduits, augmentés ou supprimés.

Pour les gens qui investissent dans une optique de revenu, cette prévisibilité a beaucoup d'attrait. On sait à quoi s'attendre chaque trimestre, à condition que l'entreprise reste en bonne santé financière.

Les droits de vote

Les actionnaires ordinaires reçoivent généralement un vote par action et peuvent peser dans l'élection du conseil et les grandes décisions stratégiques. Les actionnaires privilégiés, eux, n'ont en règle générale aucun droit de vote. C'est la contrepartie fondamentale de la priorité sur les dividendes.

Cela dit, si avoir voix au chapitre dans les décisions d'une entreprise compte pour vous, c'est une distinction qui mérite réflexion avant de choisir entre les deux types d'actions.

La volatilité

Le prix des actions privilégiées fluctue moins que celui des actions ordinaires, parce que leur valeur est ancrée au dividende fixe et à la valeur nominale plutôt qu'aux perspectives de croissance de l'entreprise. Les actions ordinaires sont plus volatiles, mais offrent un potentiel de hausse plus important lié à la performance de l'entreprise.

Attention toutefois : les actions privilégiées sont sensibles aux variations des taux d'intérêt. Quand les taux montent, le dividende fixe devient moins attrayant par rapport aux nouveaux titres émis, et le prix des actions privilégiées tend à baisser. « Moins volatile » ne veut donc pas dire « pas volatile ».

Le rang en cas de liquidation

Si une entreprise fait faillite ou est liquidée, l'ordre de paiement est strict : les personnes qui détiennent des obligations (les créanciers) sont payées en premier, les actionnaires privilégiés en deuxième, et les actionnaires ordinaires en dernier. Les actions privilégiées offrent donc une couche de protection supplémentaire par rapport aux actions ordinaires.

Dans la pratique, par contre, si l'entreprise est suffisamment insolvable pour être liquidée, les actionnaires privilégiés peuvent quand même ne recevoir que peu, voire rien, une fois les créanciers payés.

Actions privilégiées ou obligations?

On parle souvent des actions privilégiées et des obligations dans la même phrase, parce que les deux génèrent un revenu fixe et attirent souvent le même profil d'investisseur·euse. Mais malgré leurs ressemblances de surface, ce sont des instruments fondamentalement différents.

Caractéristique
Obligations
Actions privilégiées
StatutDette (vous êtes prêteur·euse)Capitaux propres (vous êtes propriétaire partiel·le)
Type de versementIntérêts (obligation légale)Dividendes (discrétionnaires)
Rang en cas de faillitePremier (avant les privilégiées)Deuxième (après les obligataires)
Droits de voteAucunAucun
Traitement fiscal au CanadaIntérêts imposés comme revenu ordinaireDividendes déterminés admissibles au crédit d'impôt pour dividendes

Propriété ou créance

Quand on achète une obligation, on prête de l'argent à une entreprise. On est créancier·ère, pas propriétaire. Quand on achète des actions privilégiées, on devient propriétaire partiel·le, même si les droits de propriété sont limités par rapport à ceux des actionnaires ordinaires.

Cette distinction a deux conséquences concrètes : elle change le traitement de l'instrument en cas de faillite, et elle change la façon dont le revenu est imposé.

Les versements de revenu

Les intérêts d'une obligation sont une obligation légale. Si une entreprise ne les paie pas, elle est en défaut, ce qui peut déclencher une procédure de faillite. Les dividendes privilégiés, eux, sont discrétionnaires. Une entreprise peut les suspendre en période de difficulté sans déclencher de défaut mais le faire envoie un signal très négatif au marché.

Les obligations sont donc techniquement plus sûres du point de vue de la certitude du revenu. En contrepartie, les actions privilégiées offrent souvent un rendement plus élevé pour compenser ce risque additionnel.

Le profil risque-rendement

Les obligations se situent au bas du spectre risque-rendement : rendement plus faible, mais le rang le plus solide sur les actifs et les revenus de l'entreprise. Les actions ordinaires sont à l'autre extrémité : rendement potentiel le plus élevé, mais dernier rang partout. Les actions privilégiées occupent le terrain du milieu : un rendement généralement supérieur à celui des obligations, une volatilité plus faible que les actions ordinaires, mais plus de risque que les obligations et moins de potentiel de hausse que les actions ordinaires.

C'est précisément ce positionnement intermédiaire qui leur vaut l'étiquette de placement hybride.

Les types d'actions privilégiées canadiennes

Le marché canadien des actions privilégiées est distinct et bien développé, avec plusieurs structures qu'il vaut la peine de connaître. Au Canada, les actions privilégiées se négocient à la Bourse de Toronto (TSX), avec des symboles boursiers qui incluent typiquement « .PR » suivi d'une lettre (par exemple, la première série d'une entreprise pourrait se négocier sous le symbole XYZ.PR.A).

Voici les principales catégories :

Les actions privilégiées à taux rajusté

C'est la catégorie la plus répandue au Canada. Le dividende est fixé à un taux établi pour une période initiale (généralement 5 ans), puis il est réajusté en fonction du rendement des obligations du gouvernement du Canada à 5 ans, plus un écart prédéterminé.

À chaque date de révision, l'émetteur peut choisir de racheter les actions ou de les prolonger. Les actionnaires peuvent parfois avoir l'option de les convertir en actions privilégiées à taux variable. Comme le dividende s'ajuste aux dates de révision, ces actions offrent une certaine protection contre la hausse des taux par rapport aux perpétuelles.

Les actions privilégiées perpétuelles

Les perpétuelles versent un dividende fixe indéfiniment, sans date d'échéance. L'entreprise n'a aucune obligation de les racheter (mais elle peut choisir de le faire).

Comme le dividende ne se réajuste jamais, ce sont les actions privilégiées les plus sensibles aux variations des taux d'intérêt parmi les principaux types. Quand les taux montent, leur prix chute plus fortement que celui des autres catégories. Elles peuvent intéresser les gens qui privilégient la stabilité du revenu et qui sont à l'aise avec le risque lié au taux d'intérêt.

Les actions privilégiées à taux variable

Avec les actions privilégiées à taux variable, le taux du dividende fluctue avec un taux d'intérêt de référence, généralement le taux préférentiel de la Banque du Canada ou le taux des bons du Trésor du gouvernement du Canada à 3 mois. Quand les taux montent, le dividende suit. C'est une protection naturelle contre la hausse des taux.

La contrepartie : un rendement initial généralement plus faible que celui des actions à taux fixe ou à taux rajusté. Mais en contexte de hausse des taux, leur prix tend à fluctuer moins.

Les actions privilégiées rachetables

Les rachetables donnent à l'actionnaire le droit de « rétracter » (ou racheter) ses actions, c'est-à-dire de les faire racheter à une valeur nominale fixée, à une date précise ou à l'intérieur d'une fenêtre déterminée. C'est une porte de sortie qui apporte une certaine prévisibilité : vous ne dépendez pas entièrement du marché secondaire pour vendre.

L'émetteur peut aussi avoir le droit de racheter les actions de son côté. La flexibilité va donc dans les deux sens.

Les actions privilégiées convertibles

Dans certaines conditions, les convertibles peuvent être échangées, au gré de la personne qui les détient, contre un nombre prédéterminé d'actions ordinaires. C'est ce qui leur donne un potentiel de hausse : si le prix de l'action ordinaire grimpe significativement, l'option de conversion permet de participer à cette croissance.

La contrepartie : les actions privilégiées convertibles offrent généralement un rendement en dividende plus faible que les non convertibles, justement à cause de cette option de conversion intégrée.

Mention spéciale aux actions privilégiées participatives : certaines actions privilégiées comportent un droit de participation aux dividendes, ce qui veut dire que leurs détentrices et détenteurs reçoivent des dividendes supplémentaires au-delà du taux fixe si les profits de l'entreprise dépassent un certain seuil. Elles sont plus rares sur les marchés publics canadiens, mais elles existent.

Pourquoi investir dans des actions privilégiées?

Les actions privilégiées ne sont pas pour tout le monde. Mais certaines de leurs caractéristiques séduisent un type d'investisseur·euse bien précis. Voici ce qui les rend attrayantes.

Un revenu de dividendes stable

Les dividendes fixes génèrent un flux de trésorerie prévisible et récurrent. Contrairement aux dividendes des actions ordinaires, qui peuvent être réduits ou supprimés à la discrétion du conseil d'administration, les dividendes privilégiés sont établis à un taux prédéterminé. Cette prévisibilité plaît particulièrement aux gens qui investissent dans une optique de revenu — surtout celles et ceux qui sont à la retraite ou qui s'en approchent, et qui dépendent de leurs revenus de placement. Les versements se font généralement chaque trimestre.

La priorité sur les actionnaires ordinaires

Si une entreprise a les moyens de verser des dividendes à une catégorie d'actionnaires, les détentrices et détenteurs d'actions privilégiées sont payés en premier. Et en cas de liquidation, ils ont droit aux actifs restants avant les actionnaires ordinaires (mais après les obligataires). Cette priorité offre une certaine protection à la baisse par rapport aux actions ordinaires.

Une volatilité plus faible que celle des actions ordinaires

Comme le prix des actions privilégiées est ancré au dividende fixe et à la valeur nominale plutôt qu'aux perspectives de croissance de l'entreprise, leurs fluctuations tendent à être plus modérées. Elles peuvent donc jouer un rôle stabilisateur dans un portefeuille diversifié.

Cela dit, les actions privilégiées restent sensibles aux mouvements des taux d'intérêt, particulièrement les perpétuelles. Une volatilité plus faible ne veut pas dire un risque faible.

Un traitement fiscal avantageux au Canada

Les dividendes versés par des sociétés canadiennes sur des actions privilégiées peuvent être considérés comme des « dividendes déterminés », ce qui les rend admissibles au crédit d'impôt fédéral pour dividendes. Dans un compte non enregistré, les dividendes déterminés sont généralement imposés à un taux effectif plus bas que les revenus d'intérêts générés par des obligations. Pour les personnes qui se trouvent dans des paliers d'imposition élevés, les actions privilégiées peuvent donc s'avérer plus avantageuses sur le plan fiscal que les obligations pour générer un revenu.

Détenir des actions privilégiées dans un CELI (compte d'épargne libre d'impôt) ou un REER (régime enregistré d'épargne-retraite) met les dividendes complètement à l'abri de l'impôt. Selon votre situation, cela peut faire une vraie différence.

Le traitement fiscal varie d'une situation à l'autre. Pour des conseils adaptés à la vôtre, mieux vaut consulter un·e fiscaliste.

Actions privilégiées : Les risques à connaître

Les actions privilégiées comportent des risques bien réels, qui méritent autant d'attention que leurs avantages. Voici ce qu'il faut surveiller.

La sensibilité aux taux d'intérêt

Le prix des actions privilégiées évolue à l'inverse des taux d'intérêt. Quand les taux montent, le dividende fixe devient moins attrayant comparé aux nouveaux titres émis, et les prix baissent.

Les actions privilégiées perpétuelles sont les plus sensibles aux variations de taux. Les actions à taux rajusté offrent une protection partielle, puisque leur dividende est réajusté à chaque date de révision.

Une plus-value en capital limitée

Comme le dividende d'une action privilégiée est fixe, les actionnaires privilégiés ne profitent pas de la croissance de l'entreprise comme le font les actionnaires ordinaires. Si les profits d'une entreprise doublent, les détentrices et détenteurs d'actions ordinaires peuvent voir leurs dividendes augmenter et le prix de leur action grimper. Les actionnaires privilégiés, eux, reçoivent toujours le même dividende fixe.

Si vous cherchez à faire croître votre capital, gardez en tête que les actions privilégiées sont avant tout un placement de revenu, pas un placement de croissance.

Le risque de suspension du dividende

Contrairement aux intérêts d'une obligation, les dividendes privilégiés ne constituent pas une obligation légale : une entreprise peut les suspendre en période de difficulté financière sans pour autant être en défaut. Cela reste toutefois rare chez les grands émetteurs canadiens bien établis, comme les banques et les sociétés de services publics qui dominent ce marché au Canada. Le risque devient cependant bien réel du côté des actions privilégiées émises par des entreprises plus petites ou en difficulté financière.

Les actions privilégiées cumulatives offrent une certaine protection sur ce front : les dividendes suspendus s'accumulent et doivent être versés en totalité avant que les actionnaires ordinaires ne reçoivent quoi que ce soit. Les non cumulatives ne procurent pas ce filet de sécurité.

La liquidité

Certaines actions privilégiées, surtout celles émises par de plus petites entreprises ou appartenant à des séries plus anciennes, se négocient peu fréquemment à la Bourse de Toronto. Un faible volume de transactions peut compliquer l'achat ou la vente au prix souhaité : l'écart entre le cours acheteur et le cours vendeur peut être large, et un ordre important peut faire bouger le prix.

Les FNB (fonds négociés en bourse) d'actions privilégiées peuvent atténuer ce problème, en donnant accès à un panier diversifié d'actions privilégiées avec une meilleure liquidité globale.

Comment acheter des actions privilégiées au Canada

Si vous avez conclu que les actions privilégiées ont leur place dans votre portefeuille, voici comment vous lancer.

Acheter des actions privilégiées individuelles

Les actions privilégiées canadiennes peuvent être achetées par l'intermédiaire de n'importe quel compte de courtage donnant accès à la Bourse de Toronto. Sur le parquet, on les reconnaît à leur symbole boursier, qui inclut habituellement « .PR » suivi d'une lettre, la première série d'actions privilégiées d'une entreprise pourrait par exemple se négocier sous le symbole XYZ.PR.A.

Avant d'acheter une action privilégiée individuelle, il vaut la peine de vérifier quelques éléments : son type (à taux rajusté, perpétuelle, à taux variable, rachetable ou convertible), la qualité du crédit de l'émetteur, son rendement actuel comparé aux options de rechange, et sa date de rachat possible. Pour repérer les actions privilégiées disponibles, vous pouvez consulter les inscriptions de la Bourse de Toronto ou utiliser les outils de filtrage offerts par la plupart des maisons de courtage.

Les actions privilégiées peuvent être détenues dans des comptes enregistrés (CELI, REER) comme dans des comptes non enregistrés.

Passer par un FNB d'actions privilégiées

Si vous préférez la diversification sans avoir à choisir vous-même des actions privilégiées individuelles, des FNB qui détiennent un panier d'actions privilégiées canadiennes sont disponibles à la Bourse de Toronto. Un seul FNB d'actions privilégiées donne accès à plusieurs émetteurs et plusieurs séries en une seule transaction, ce qui réduit le risque de concentration lié à la détention d'une ou deux actions privilégiées seulement.

Les FNB ont aussi tendance à offrir une meilleure liquidité que les séries individuelles d'actions privilégiées : un atout si vous voulez pouvoir acheter ou vendre sans vous soucier d'un volume de transactions trop faible.

À qui s'adressent les actions privilégiées?

Les actions privilégiées correspondent à un profil d'investisseur·euse assez précis. Elles peuvent valoir le coup d'œil dans plusieurs cas de figure :

  • Vous misez sur le revenu. Vous voulez un flux de trésorerie prévisible et la croissance du capital n'est pas votre priorité.

  • Vous cherchez moins de volatilité. Vous souhaitez une exposition au marché des actions, mais avec des fluctuations de prix plus modérées que celles des actions ordinaires.

  • Vous diversifiez votre portefeuille. Vous voulez ajouter une catégorie d'actifs dont les caractéristiques de risque diffèrent à la fois des obligations et des actions ordinaires.

  • Vous avez la fiscalité en tête. Vous investissez dans un compte non enregistré et le crédit d'impôt pour dividendes pourrait jouer en votre faveur par rapport aux intérêts d'obligations. À noter : cet avantage disparaît si vos titres sont détenus dans un compte fiscalement avantageux.

À l'inverse, les actions privilégiées conviennent moins bien si vous cherchez avant tout à faire croître votre capital, si votre horizon de placement est court, ou si l'idée du risque de taux d'intérêt vous met mal à l'aise.

Comprendre où les actions privilégiées s'inscrivent (et où elles ne s'inscrivent pas) est la première étape pour décider si elles méritent une place dans votre portefeuille.

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Foire aux questions

Peut-on détenir des actions privilégiées dans un CELI ou un REER?

Oui. Les actions privilégiées canadiennes sont des placements admissibles aux comptes enregistrés, dont le CELI (compte d'épargne libre d'impôt) et le REER (régime enregistré d'épargne-retraite). Les détenir dans un compte enregistré met les dividendes à l'abri de l'impôt, ce qui peut s'avérer plus avantageux que de les détenir dans un compte non enregistré.

Que deviennent les actions privilégiées en cas de faillite?

En cas de faillite ou de liquidation, les actionnaires privilégiés ont droit aux actifs restants de l'entreprise après que tous les créanciers (y compris les obligataires) ont été payés, mais avant que les actionnaires ordinaires ne reçoivent quoi que ce soit. Aucune garantie de récupération n'existe pour autant : si les actifs de l'entreprise ne suffisent pas à couvrir ses dettes, les actionnaires privilégiés peuvent ne recevoir que peu, voire rien.

Les dividendes des actions privilégiées sont-ils imposés différemment?

Au Canada, la plupart des dividendes versés sur les actions privilégiées par des sociétés canadiennes sont considérés comme des dividendes déterminés. Ils donnent droit au crédit d'impôt fédéral pour dividendes et sont généralement imposés à un taux plus bas que les revenus d'intérêts dans un compte non enregistré. Certains dividendes, classés comme non déterminés, donnent droit à un crédit moindre : le taux d'imposition effectif peut donc varier. Le traitement fiscal dépend aussi de la province et de la situation personnelle. Pour des conseils adaptés à la vôtre, mieux vaut consulter un·e fiscaliste.

Comment les taux d'intérêt influent-ils sur le prix des actions privilégiées?

Le prix des actions privilégiées évolue généralement à l'inverse des taux d'intérêt. Quand les taux montent, les actions privilégiées existantes, avec leurs dividendes fixes, deviennent moins attrayantes par rapport aux nouvelles émissions, et leur prix tend à baisser. Quand les taux baissent, les prix tendent à monter. Les actions privilégiées perpétuelles sont les plus sensibles aux variations de taux, alors que les actions à taux rajusté offrent une protection partielle, puisque leur dividende est réajusté à chaque date de révision.

Cumulatives ou non cumulatives : quelle différence?

Les actions privilégiées cumulatives obligent l'entreprise à verser en totalité tout dividende manqué avant que les actionnaires ordinaires puissent toucher quoi que ce soit. Les dividendes non versés s'accumulent comme une obligation. Les actions privilégiées non cumulatives n'offrent pas cette protection : un dividende manqué est définitivement perdu pour les actionnaires.

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