Le terme « marge » peut avoir deux sens complètement différents selon que vous négociez des contrats à terme ou des actions. En ce qui concerne les contrats à terme, la marge est un dépôt de bonne foi (ou cautionnement de bonne fin) pour couvrir vos pertes potentielles. Mais en ce qui concerne les actions, la marge est un prêt que vous accorde votre maison de courtage et pour lequel vous payez des intérêts tant que vous détenez la position.
Dans le contexte de la négociation, qu’est-ce qu’une marge?
En ce qui concerne les contrats à terme, la marge est un dépôt de bonne foi (ou un cautionnement de bonne fin) que vous devez faire lorsque vous ouvrez et maintenez une position sur contrats à terme. Vous n’empruntez rien, et vous ne payez pas d’intérêts. En ce qui concerne les actions, une marge est un prêt que vous accorde votre maison de courtage. Cet emprunt vous permet d’acheter des actions, des options ou des fonds négociés en bourse (FNB) et porte des intérêts tant que vous détenez la position.
Bien qu’ils utilisent le mot « marge », les deux concepts sont complètement différents. En effet, l’un est une garantie, tandis que l’autre est une dette. C’est une distinction qui peut avoir une incidence sur les coûts, le risque et la rapidité avec laquelle vous pourriez recevoir un appel de marge.
Qu’est-ce que la marge applicable aux contrats à terme?
Lorsque vous ouvrez une position sur contrats à terme, vous vous engagez à acheter ou à vendre un actif non pas immédiatement, mais à une date future. Pour démontrer votre capacité à respecter votre engagement, la bourse vous demande un dépôt de marge en guise de cautionnement de bonne fin.
Cette marge n’est pas de l’argent emprunté. C’est votre propre capital, que vous donnez en garantie. Comme vous n’empruntez pas d’argent, vous ne payez pas d’intérêts. L’exigence de marge est définie par la bourse (et non votre maison de courtage) et peut varier selon la volatilité du marché.
La marge applicable aux contrats à terme : un dépôt de bonne foi
La marge applicable aux contrats à terme fonctionne un peu comme le dépôt de garantie pour un logement locatif (dans les provinces où cette pratique est permise). Ce dépôt n’est pas un paiement à l’avance, mais bien une somme pour démontrer votre sérieux dans la transaction. Dans le cadre d’un contrat à terme, les parties acheteuse et vendeuse déposent toutes deux une marge pour qu’aucune des deux parties ne puisse se soustraire à ses obligations.
C’est la principale différence entre la marge applicable aux contrats à terme et celle applicable aux actions. Lorsque vous déposez une marge dans le cadre d’un contrat à terme, vous n’avez aucun emprunt à rembourser et aucun intérêt à payer pendant que vous détenez la position.
Un mot sur la valeur notionnelle
La valeur notionnelle est la valeur marchande totale de l’actif sous-jacent visé par un seul contrat à terme. Pour la calculer, multipliez la taille du contrat par le cours actuel de l’actif sous-jacent.
Supposons qu’un contrat à terme sur pétrole brut porte sur 1 000 barils et que le pétrole se négocie à 90 $ le baril. La valeur notionnelle du contrat est donc de 90 000 $. Si l’exigence de marge initiale est de 6 300 $, vous contrôlez une position de 90 000 $ moyennant une garantie de 6 300 $ — environ 7 % de la valeur du contrat. Ce ratio illustre l’effet de levier des contrats à terme.
Qu’est-ce que la marge applicable aux actions?
La marge applicable aux actions fonctionne différemment. Lorsque vous achetez des actions ou des FNB sur marge, votre maison de courtage vous prête une partie du prix d’achat. Cet emprunt est garanti par les titres que vous achetez.
Au Canada, les exigences de marge minimales sont fixées par l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI). Les maisons de courtage peuvent imposer des règles plus strictes, mais ne peuvent pas aller en dessous du seuil réglementaire.
Emprunter de l’argent à votre maison de courtage
Dans le contexte des actions, une marge est une forme de dette. Si vous souhaitez acheter des actions d’une valeur de 10 000 $ et que votre maison de courtage exige une marge de 50 %, vous devrez investir 5 000 $ de votre propre argent et emprunter les 5 000 $ restants. Les actions que vous achetez viennent garantir le prêt.
Ce type de marge constitue une facilité de crédit en bonne et due forme. Vous devez de l’argent à votre maison de courtage, et si la valeur de vos avoirs diminue, votre garantie perd de la valeur, ce qui peut déclencher un appel de marge.
Frais d’intérêts applicables aux prêts sur marge
Comme la marge applicable aux actions est un prêt, des intérêts s’accumulent sur le montant emprunté tant que vous détenez la position. Les taux varient d’une maison de courtage à l’autre. Ils sont généralement exprimés en pourcentage annuel, mais appliqués quotidiennement.
Si vous négociez à court terme, les frais d’intérêts sont relativement faibles. En revanche, si vous conservez une position pendant des semaines ou des mois, ces frais peuvent s’accumuler rapidement. Les personnes qui négocient des contrats à terme n’ont pas à payer ces frais, car leurs dépôts sur marge n’impliquent aucun emprunt.
Comparaison rapide entre les marges applicables aux contrats à terme et aux actions
Voici un tableau qui résume les principales différences entre la marge applicable aux contrats à terme et celle applicable aux actions :
Caractéristique | Marge applicable aux contrats à terme | Marge applicable aux actions |
|---|---|---|
| Nature de la marge | Dépôt en guise de bonne foi (cautionnement de bonne fin) | Prêt accordé par la maison de courtage |
| Frais d’intérêts | Aucuns | Oui, en continu |
| Exigence fixée par | Bourse | Maison de courtage (selon les limites réglementaires) |
| Objectif | Garantie pour couvrir les pertes potentielles | Capacité d’emprunt pour acheter des titres |
| Règlement quotidien | Oui, à la valeur de marché | Non |
| Levier typique | Élevé (souvent de 10:1 à 20:1, voire plus) | Faible (maximum habituel de 2:1) |
| Propriété de l’actif | Non — entraîne une obligation contractuelle seulement | Oui — implique l’achat et la détention des titres |
Marge initiale et marge de maintien
Que l’on parle de contrats à terme ou d’actions, on risque de tomber sur les termes « marge initiale » et « marge de maintien », sauf que leur fonctionnement varie en fonction du contexte.
Exigence de marge initiale
La marge initiale est le dépôt minimal exigé pour ouvrir une position.
Contrats à terme : La marge initiale est fixée par la bourse et selon le contrat et la volatilité actuelle, cette exigence oscille entre 3 % et 12 % de la valeur notionnelle.
Actions : La maison de courtage fixe la marge initiale conformément aux lignes directrices de l’OCRI. Le montant du dépôt initial varie généralement entre 30 et 50 % du prix d’achat.
Seuils de marge de maintien
La marge de maintien correspond au solde minimum que vous devez maintenir dans votre compte pour conserver une position. Si le solde de votre compte passe en dessous du seuil, vous recevrez un appel de marge.
En règle générale, lorsque vous négociez des contrats à terme, la marge de maintien est légèrement inférieure à la marge initiale. En revanche, lorsque vous négociez des actions, l’OCRI stipule que l’exigence minimale de marge de maintien doit être de 30 % pour la plupart des titres cotés, et les maisons de courtage peuvent fixer des seuils plus élevés.
Différences entre l’effet de levier applicable aux contrats à terme et aux actions
Les deux types de marge créent un effet de levier, c’est-à-dire la capacité de contrôler une position plus importante que si vous engagiez seulement votre propre capital. Cela dit, il existe des différences considérables en ce qui concerne l’ampleur et la structure de l’effet de levier.
Levier applicable aux contrats à terme
Les contrats à terme offrent généralement beaucoup plus de levier que les actions, car la marge ne représente qu’une fraction de la valeur notionnelle. On voit souvent des ratios de levier entre 10:1 et 20:1, voire davantage pour certains contrats.
Ce phénomène amplifie à la fois les gains et les pertes. Si vous contrôlez une position de 90 000 $ moyennant une marge de 6 300 $ et que le cours de l’actif sous-jacent évolue de 1 % en votre défaveur, vous essuierez une perte de 900 $, soit environ 14 % de votre marge. En cas de spéculation sur séance, la marge intrajournalière peut être encore plus faible que la marge de nuit, ce qui amplifie le levier pendant les heures de négociation.
Levier applicable aux actions achetées sur marge
Un facteur supplémentaire vient resserrer encore plus le levier applicable aux actions achetées sur marge : la réglementation. Au Canada, l’OCRI permet généralement d’emprunter jusqu’à concurrence de 70 % de la valeur des titres admissibles, ce qui correspond à une exigence de marge de 30 %.
Bien que le levier applicable aux actions achetées sur marge soit inférieur à celui applicable aux contrats à terme, il amplifie tout de même les pertes. Et contrairement à ce qui se produit avec les contrats à terme, les frais d’intérêt augmentent le risque au fil du temps.
Déclencheurs d’un appel de marge
Un appel de marge survient lorsque la bourse ou votre maison de courtage vous demande de déposer des fonds supplémentaires — ou de réduire votre position — parce que la valeur de vos actions est tombée en dessous du seuil de marge de maintien. Si vous ne répondez pas à cet appel, votre maison de courtage peut liquider vos positions sans avoir à vous le demander.
Appels de marge lorsque vous négociez des contrats à terme
Les positions sur contrats à terme sont évaluées chaque jour à la valeur de marché. À la fin de chaque séance de négociation, votre compte sur marge fait l’objet de crédits pour les gains et de débits pour les pertes. Si votre solde tombe en dessous de la marge de maintien, vous devez déposer suffisamment de fonds pour le ramener au seuil non pas de la marge de maintien, mais de la marge initiale.
En règle générale, les appels de marge sur contrats à terme exigent une réponse rapide – parfois en moins de 24 heures. Vous pourriez même faire l’objet d’un appel de marge intrajournalier si votre position évolue fortement avant la fin du jour de bourse.
Appels de marge lorsque vous négociez des actions
En ce qui concerne les actions, les appels de marge surviennent lorsque le ratio de marge de votre compte tombe en dessous de l’exigence de maintien. En règle générale, votre maison de courtage vous demande de répondre dans un délai de 2 à 5 jours ouvrables – parfois moins, si les conditions sont volatiles.
Contrairement à ce qui se produit du côté des contrats à terme, les appels de marge applicables aux actions sont déclenchés non pas par le règlement quotidien, mais bien par le ratio entre la valeur marchande actuelle de vos avoirs et le solde de votre emprunt.
Évaluation à la valeur de marché et règlement quotidien
L’évaluation à la valeur de marché est une caractéristique déterminante des contrats à terme. Elle consiste à réévaluer votre position en fonction du cours de clôture de chaque séance de négociation. Une fois que c’est fait, les gains sont crédités à votre compte, et les pertes sont débitées de votre compte. C’est un processus qui se reproduit jour après jour jusqu’à ce que vous décidiez de fermer votre position.
Voici l’incidence pratique de ce processus.
Règlement quotidien des profits/pertes : Le solde de votre compte évolue à la fin de chaque journée de négociation en fonction des fluctuations de prix.
Pas d’accumulation de pertes latentes : Les gains et les pertes se réalisent progressivement chaque jour, et non en une seule fois lorsque vous dénouez votre position.
Effets sur la trésorerie : Même si vous avez l’intention de conserver votre position à long terme, vous pourriez avoir l’obligation de déposer des fonds supplémentaires simplement à cause des fluctuations quotidiennes des prix.
En revanche, lorsque vous négociez des actions sur marge, vous cumulez les gains et pertes non réalisés sous forme de gains ou pertes latents, et ce, jusqu’à ce que vous vendiez votre position ou que vous receviez un appel de marge.
Compensation des marges et pouvoir d’achat unifié
Certaines plateformes proposent la compensation des marges, qui est parfois appelée l’« unification du pouvoir d’achat » ou la « marge totale de portefeuille ». Elle consiste à prendre, sans les vendre, l’ensemble de vos titres de participation (actions, FNB) pour garantir des positions sur contrats.
Voici un exemple. Si vous détenez des actions d’une valeur de 50 000 $, vous pouvez utiliser une partie ou l’ensemble de ce montant en guise de garantie pour ouvrir des positions sur contrats à terme, et ce, sans avoir à déposer de liquidités séparément. C’est efficace sur le plan du capital, mais ce n’est pas sans risque. Si la valeur de vos titres diminue, la garantie sous-jacente à votre position sur contrats à terme diminue elle aussi, ce qui peut déclencher des appels de marge des deux côtés en même temps.
Ce ne sont pas toutes les maisons de courtage qui proposent la compensation des marges. De plus, cette fonctionnalité est souvent réservée aux comptes de négociation avancée.
Risques liés à la négociation sur marge
Les deux types de marge présentent des risques importants. L’effet de levier peut amplifier aussi bien les gains que les pertes.
Amplification des pertes
Si une position sur contrats à terme affiche un levier de 10:1, une variation défavorable de 5 % de l’actif sous-jacent entraîne une perte de 50 % sur la marge déposée. Dans le cadre de la négociation d’actions sur marge, vos pertes sont amplifiées par rapport à votre propre capital. À cela s’ajoutent vos frais d’intérêts.
Si le marché évolue fortement en votre défaveur et que vous n’êtes pas en mesure de répondre à un appel de marge à temps, vos pertes peuvent dépasser votre dépôt initial. C’est particulièrement le cas avec les contrats à terme.
Liquidation forcée
Si vous ne répondez pas à un appel de marge, la bourse ou votre maison de courtage peut clôturer vos positions sans vous le demander, notamment lorsque les marchés sont volatils et que les prix évoluent en votre défaveur – bref, au pire moment possible pour liquider votre position.
Vous ne pouvez pas choisir les positions à liquider ni le prix auquel elles sont vendues. Vos pertes seront cristallisées à ce moment-là, alors que vous auriez pu les éviter si vous aviez disposé de plus de temps.
Volatilité et évolution des exigences
Les exigences de marge ne sont pas fixes. Les bourses et les maisons de courtage peuvent les augmenter en période de forte volatilité. Ainsi, vous pourriez recevoir un appel de marge non pas parce que votre position a évolué en votre défaveur, mais parce que l’exigence de marge a augmenté.
Pour absorber les changements d’exigence, vous pouvez maintenir une marge supérieure au minimum demandé.
Comment choisir le type de marge adapté à votre stratégie
Pour faire votre choix entre la marge applicable aux contrats à terme et la marge applicable aux actions, vous devez tenir compte de vos objectifs, de votre tolérance au risque et de votre style de négociation. Voici quelques facteurs à considérer :
Frais d’intérêts : La marge applicable aux actions porte des intérêts quotidiens dont vous devez tenir compte dans vos calculs de rendement, notamment si vous détenez une même position pendant des semaines ou des mois.
Tolérance au risque : Une augmentation de l’effet de levier implique une augmentation des gains et pertes potentiels.
Exigences en matière de capital : La marge applicable aux contrats à terme nécessite un capital initial moins élevé, mais compte tenu de l’évaluation quotidienne à la valeur de marché, elle implique une gestion active de la trésorerie.
Accès aux produits : Ce ne sont pas toutes les plateformes qui proposent à la fois la négociation de contrats à terme et les prêts sur marge. Avant d’élaborer une stratégie, demandez à votre maison de courtage si elle peut répondre à vos besoins.


