Les contrats à terme semblent parfois appartenir au décor nerveux de Wall Street, loin du commun des investisseur·euses. Pourtant, ce marché de produits dérivés est plus accessible qu’il n’y paraît. Que vous vouliez couvrir une position dans votre portefeuille ou miser sur l’évolution du prix du pétrole le mois prochain, les contrats à terme offrent un moyen structuré de le faire.
Négocier des contrats à terme revient à acheter ou à vendre des contrats normalisés qui obligent deux parties à échanger un actif, ou son équivalent en espèces, à un prix prédéterminé, à une date future précise. Vous n’avez pas besoin de détenir l’actif sous-jacent et, dans la plupart des cas, vous n’aurez jamais à en prendre livraison.
En gros, un contrat à terme est une entente conclue aujourd’hui en vue d’une opération qui aura lieu plus tard – une entente que les deux parties sont légalement tenues d’honorer.
Comment fonctionnent les contrats à terme
Deux parties conviennent aujourd’hui d’un prix pour une opération qui aura lieu plus tard. L’une prend une position acheteur, et s’engage donc à acheter; l’autre prend une position vendeur, et s’engage donc à vendre. Entre les deux, la bourse et sa chambre de compensation veillent au bon déroulement de l’opération et en garantissent l’exécution.
Ce qui distingue les contrats à terme, c’est leur règlement quotidien, aussi appelé évaluation au prix du marché. À la fin de chaque séance de négociation, la bourse calcule le gain ou la perte de chaque position ouverte, selon le cours de clôture du jour. Les gains sont crédités et les pertes débitées, jour après jour, tant que la position reste ouverte.
Positions acheteur et vendeur
Prendre une position acheteur signifie que vous avez acheté un contrat en anticipant une hausse du prix. Prendre une position vendeur signifie que vous en avez vendu un en anticipant une baisse.
Une position vendeur n’exige pas d’emprunter quoi que ce soit : vous concluez simplement le contrat du côté de la vente, selon une structure semblable à celle de la position acheteur.
Règlement et échéance
Lorsqu’un contrat à terme arrive à échéance, il est réglé de l’une des deux façons suivantes :
Règlement par livraison physique : Le vendeur livre la marchandise sous-jacente. En pratique, très peu d’investisseur·euses individuel·les prennent réellement livraison.
Règlement en espèces : La différence entre le prix du contrat et le prix de règlement final est versée en espèces. C’est ainsi que sont réglés les contrats à terme sur indices.
La plupart des investisseur·euses individuel·les reconduisent plutôt leurs positions : ils clôturent le contrat en cours pour ouvrir la même position sur un contrat à échéance ultérieure. Cette reconduction fait intervenir deux notions : le contango, ou marché normal, et le déport, ou backwardation, aussi appelé marché inversé. Elles décrivent l’écart entre les prix à terme et le prix au comptant, et peuvent en influencer le coût. Voyons de quoi il s’agit.
Contango et déport
Les contrats à terme qui arrivent à échéance à des dates différentes ne se négocient pas tous au même prix. La relation entre ces prix, qu’on appelle la courbe des contrats à terme, donne une indication importante.
Il y a contango, ou marché normal, lorsque les prix à terme sont supérieurs au prix au comptant actuel. Par exemple, si le pétrole brut se négocie à 80 $ au comptant et que le contrat à trois mois se négocie à 83 $, l’écart de 3 $ correspond au contango. Il reflète généralement les coûts de stockage et de financement. Reconduire une position acheteur dans un marché en contango entraîne un coût de reconduction : vous rachetez constamment à un prix plus élevé.
Le déport, ou backwardation (aussi appelé marché inversé) désigne la situation inverse : les prix à terme sont inférieurs au prix au comptant. Si le même pétrole se négocie à 80 $ au comptant et que le contrat à trois mois se négocie à 77 $, il y a déport. Reconduire une position acheteur dans un marché en déport crée plutôt un rendement de reconduction.
Si vous conservez des positions sur plusieurs cycles de contrats, le contango et le déport peuvent avoir un effet direct sur vos rendements. Un contango marqué peut gruger le rendement d’une position acheteur, même si le prix au comptant reste stable.
Considérations réglementaires et types de comptes
Au Canada, les contrats à terme sont encadrés par les autorités provinciales en valeurs mobilières ainsi que par l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI). La Bourse de Montréal est le principal marché canadien de produits dérivés. Elle est aussi un organisme d’autoréglementation reconnu, doté d’une Division de la réglementation indépendante qui surveille le marché des dérivés, mène des enquêtes et veille à l’application des règles.
Types de comptes : Pour négocier des contrats à terme, vous devez ouvrir un compte de courtage distinct autorisé pour ce type d’opérations, ce qui exige une approbation supplémentaire.
Points importants pour les investisseur·euses au Canada :
Les contrats à terme ne sont pas autorisés dans les comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) ni dans les régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER). Vous devez utiliser un compte non enregistré.
Les courtiers doivent vous remettre un document d’information sur les risques avant que vous commenciez à négocier. Lisez-le.
Cette section est fournie à titre informatif seulement. Elle ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Consultez un·e professionnel·le qualifié·e pour obtenir des conseils adaptés à votre situation.
Comment commencer à négocier des contrats à terme
Si vous êtes arrivé·e à ce stade et que vous souhaitez toujours négocier des contrats à terme, en voici une approche étape par étape. L’ordre compte : ici, on comprend le produit avant d’y mettre son argent.
1. Comprendre le fonctionnement des contrats à terme
Avant d’y mettre le moindre dollar, assurez-vous de comprendre les caractéristiques des contrats, les exigences de marge, le pas de cotation et le règlement quotidien au prix du marché. Ne survolez pas cette étape : la négociation de contrats à terme implique un véritable effet de levier, donc de véritables risques. En comprendre les mécanismes, c’est la base.
Parmi les ressources gratuites, on trouve le CME Institute de CME Group, le matériel éducatif de la CFTC et les ressources pour les investisseurs de la NFA. De nombreux courtiers offrent aussi des comptes de simulation, qui permettent de s’exercer avec de l’argent fictif avant de passer aux vraies opérations.
2. Choisir un marché de contrats à terme
Commencez par des marchés liquides et bien connus. Les contrats à terme sur indices boursiers, en particulier le Micro E-mini S&P 500, qui représente 1/10 de la taille du E-mini standard, sont souvent un bon point de départ pour les nouveaux·elles investisseur·euses, parce qu’ils offrent une grande liquidité et des écarts serrés.
3. Ouvrir un compte de courtage pour contrats à terme
Vous aurez besoin d’un compte de courtage expressément approuvé pour la négociation de contrats à terme. Pour un compte canadien, vérifiez que votre courtier est inscrit auprès de l’OCRI; pour les contrats à terme américains, auprès de la NFA. Les contrats à terme ne peuvent pas être négociés dans un CELI ni dans un REER.
4. Choisir entre une position acheteur et une position vendeur
Fondez votre décision sur la recherche et l’analyse, pas sur une intuition. L’analyse technique (tendances graphiques, indicateurs), l’analyse fondamentale (données économiques, offre et demande) ou une combinaison des deux peuvent éclairer votre point de vue sur l’évolution du marché.
Tout aussi important : fixez vos critères de sortie avant d’ouvrir une position. Déterminez d’avance le prix auquel vous réaliserez vos gains ou limiterez vos pertes. Avoir un plan, ce n’est pas seulement prudent : c’est essentiel quand l’effet de levier entre en jeu.
5. Passer votre premier ordre sur contrat à terme
Sélectionnez votre contrat, choisissez le mois d’échéance, déterminez la taille de votre position, puis passez l’ordre. Commencez par le plus petit contrat disponible. Les types d’ordres comprennent notamment les ordres au marché, exécutés immédiatement, les ordres à cours limité, exécutés au prix indiqué ou à un meilleur prix, et les ordres stop, déclenchés lorsqu’un prix donné est atteint.
6. Surveiller et fermer votre position
Les contrats à terme demandent un suivi actif. Pour fermer une position, vous devez effectuer une opération de compensation : si vous détenez une position acheteur sur un contrat, vous vendez un contrat du même type et de même échéance. La plupart des investisseur·euses individuel·les ferment leur position bien avant l’échéance.
Comment négocier des contrats à terme au Canada
Accès aux plateformes de courtage : Vous devez passer par un courtier inscrit auprès de l’OCRI qui offre la négociation de contrats à terme. La plupart des produits les plus liquides sont cotés aux États-Unis, notamment sur les marchés de CME Group, et libellés en dollars américains. Pour les investisseur·euses au Canada, il faut donc aussi tenir compte de la conversion de devises.
Contrats à terme cotés au Canada : La Bourse de Montréal offre des produits libellés en dollars canadiens, y compris des contrats à terme sur l’indice S&P/TSX 60 (SXF) et des contrats à terme sur taux d’intérêt, comme les contrats à terme sur acceptations bancaires canadiennes et sur obligations du gouvernement du Canada.
Comptes enregistrés : Les contrats à terme ne sont pas disponibles dans les CELI ni dans les REER. Vous devez utiliser un compte non enregistré.
Traitement fiscal : Le traitement fiscal des gains tirés de la négociation de contrats à terme au Canada dépend de votre situation. Si vous négociez rarement, vos gains pourraient être traités comme des gains en capital. Si vous négociez activement et que vos activités sont considérées comme une entreprise, ils pourraient plutôt être traités comme un revenu d’entreprise, qui est imposé à un taux effectif plus élevé. L’Agence du revenu du Canada (ARC) évalue chaque situation au cas par cas. Consultez un·e fiscaliste pour obtenir des conseils adaptés à votre situation.
Négociation intrajournalière de contrats à terme (day trading)
La négociation intrajournalière consiste à ouvrir et à fermer des positions au cours d’une même séance de négociation, sans conserver de position jusqu’au lendemain. Les contrats à terme figurent parmi les instruments les plus utilisés pour ce type de négociation, et ce n’est pas un hasard :
Liquidité : Des marchés comme celui de l’E-mini S&P 500 affichent un volume quotidien très élevé, ce qui favorise des écarts serrés et une exécution rapide.
Heures prolongées : La négociation presque en continu donne plus de marge de manœuvre aux adeptes de la négociation intrajournalière.
Vente à découvert simplifiée : Aucun emprunt ni repérage de titres n’est requis : prendre une position vendeur fonctionne comme prendre une position acheteur.
Un avantage réglementaire important : la règle du Pattern Day Trader (PDT), qui exige un solde minimal de 25 000 $ US pour les personnes qui négocient activement des actions et des options, ne s’applique pas aux contrats à terme. La négociation intrajournalière de contrats à terme devient donc accessible avec des comptes plus modestes.
Cela dit, elle reste très risquée et demande beaucoup d’attention. Il faut de la discipline, une stratégie mise à l’épreuve et la capacité de prendre des décisions rapidement sous pression. La plupart des personnes qui s’y essaient ne réussissent pas à demeurer rentables à long terme. Ce n’est pas un raccourci vers l’argent facile : c’est une activité exigeante, qui demande une préparation sérieuse et une bonne maîtrise de ses émotions.
Combien faut-il pour négocier des contrats à terme?
Tout dépend du type de contrat, des exigences de marge de votre courtier et de votre gestion du risque. Les contrats standards exigent une marge beaucoup plus élevée que les microcontrats. Le Micro E-mini S&P 500, par exemple, correspond à 1/10 de la taille du E-mini standard, ce qui le rend plus accessible aux comptes modestes.
Les montants précis changent souvent; vérifiez donc les exigences auprès de votre courtier. La marge minimale n’est pas un montant recommandé pour commencer : elle ne laisse aucune marge de manœuvre si l’opération évolue dans le mauvais sens. Beaucoup de négociateur·rices conservent plutôt deux à trois fois le minimum requis en réserve.
Commencez par des microcontrats, gardez vos positions modestes, puis augmentez graduellement la taille de vos opérations à mesure que vous gagnez en expérience.
Les risques de la négociation de contrats à terme – et comment les gérer
La négociation de contrats à terme comporte des risques importants, et la plupart des investisseur·euses individuel·les y perdent de l’argent. Il faut donc bien comprendre ces risques avant de se lancer.
Risque lié à l’effet de levier : Les gains peuvent être amplifiés, mais les pertes aussi. Elles peuvent même dépasser votre dépôt initial.
Risque de volatilité : Les prix peuvent bouger rapidement et de façon imprévisible, surtout autour de la publication de données économiques ou d’événements géopolitiques.
Risque d’appel de marge : Votre courtier peut vous demander d’ajouter des fonds rapidement. Si vous ne répondez pas à l’appel, votre position pourrait être liquidée de force.
Risque de liquidité : Les contrats peu négociés peuvent présenter des écarts importants et être plus difficiles à exécuter.
Risque lié à la reconduction : Le contango ou le déport peut avoir une incidence sur votre coût de base lorsque vous reconduisez une position.
Gestion des risques :
Limitez le risque par opération : Beaucoup de négociateur·rices ne risquent que 1 % ou 2 % de leur capital sur une seule opération, afin qu’une mauvaise décision ne fasse pas trop de dégâts.
Gardez une bonne marge de manœuvre : Conserver deux à trois fois la marge minimale requise peut réduire le risque d’appel de marge.
N’investissez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre : C’est encore plus important avec des instruments à effet de levier.


