Un marché de prédiction, parfois appelé marché prédictif, est un marché où se négocient des contrats dont la valeur dépend de l’issue d’un événement futur.
Avec les marchés de prédiction, on ne fait pas que lancer des prédictions en l’air : on mise dessus. Vous pariez sur la probabilité qu’un événement se produise ou non, et vous gagnez de l’argent si vous avez vu juste.
Comment fonctionnent les marchés de prédiction?
En général, chaque prédiction repose sur les éléments suivants :
Paramètres de l’événement : chaque plateforme (ou la bourse de contrats événementiels à laquelle elle est reliée) définit un événement précis ou un résultat donné qui fera l’objet des transactions. Par exemple : « Le S&P/TSX terminera l’année au-dessus de 33 000 points. » Elle précise aussi à quel moment le résultat sera établi et quelle source fera foi.
Structure du contrat : la plupart des contrats sont binaires, c’est-à-dire qu’ils ne prévoient que deux résultats possibles : OUI ou NON.
Achat du contrat : le prix du contrat varie selon l’offre et la demande de part et d’autre du marché. Donc, si beaucoup de gens pensent que le S&P/TSX terminera l’année au-dessus de 33 000 points, le prix d’un contrat OUI augmentera, tandis que celui d’un contrat NON baissera pour devenir plus attrayant.
Négociation du contrat : vous n’avez pas à attendre que l’issue soit connue. Vous pouvez revendre votre contrat à tout moment pour réaliser un gain. Le prix du contrat continue d’évoluer à mesure que d’autres personnes prennent position, ce qui reflète l’évaluation du marché quant à la probabilité que l’événement se produise. Si le prix a augmenté depuis l’achat, vous pouvez tenter de revendre votre contrat à ce nouveau prix.
Règlement : lorsque l’issue est connue, chaque contrat gagnant vaut 1 $. Donc, si vous aviez raison et que vous aviez payé 0,45 $ par contrat, vous réaliseriez un gain de 0,55 $ par contrat, moins les frais de règlement prélevés par la plateforme, généralement de 2 % à 7 % de votre gain total. Sur quels types d’événements peut-on miser?
Les événements sur lesquels il est possible de miser varient selon le pays où le marché est établi et les règles auxquelles il est soumis.
En règle générale, les marchés de prédiction couvrent le sport, la politique, l’économie, la culture et les cryptomonnaies. Au Canada, en mars 2026, seuls trois grands types de contrats étaient autorisés :
Les prévisions économiques (comme l’inflation ou le marché immobilier)
Les prévisions environnementales (comme la température moyenne mondiale ou s’il pleuvra demain)
Les indicateurs financiers (comme le cours de clôture du S&P/TSX ou l’évolution du prix de l’or)
Comment fixe-t-on le prix d’un contrat sur un marché de prédiction?
Un contrat gagnant vaut 1 $, et son prix d’achat fluctue un peu comme le cours d’un titre en Bourse. Le prix que vous payez est généralement fixé par un carnet d’ordres à cours limité centralisé, c’est-à-dire un système qui met en relation les ordres d’achat et de vente avant l’exécution de chaque transaction.
Disons que le marché pose la question suivante : 2026 sera-t-elle l’année la plus chaude jamais enregistrée?
Chaque contrat OUI vaut 1 $ si 2026 devient l’année la plus chaude jamais enregistrée.
Chaque contrat NON vaut 1 $ dans le cas contraire.
Si le prix actuel d’un contrat OUI est de 0,24 $, ça correspond à une probabilité implicite de 24 %. Ce chiffre varie selon l’offre et la demande. Donc, si beaucoup de gens misent sur une année exceptionnellement chaude, le prix du contrat OUI montera, tandis que celui du contrat NON baissera.
Vous faites des recherches (de vraies recherches, pas une virée nocturne dans les tréfonds d’Internet) et vous concluez que 0,24 $ est un bon prix, à la lumière de sources fiables selon lesquelles l’année risque d’être très chaude. Vous achetez 100 contrats OUI à 0,24 $ chacun.
Si les températures atteignent des sommets pharaoniques et que l’année bat effectivement un record, vous toucherez 100 $, soit 1 $ pour chacun de vos contrats OUI. Comme vous avez déboursé 24 $ au départ, il vous resterait 76 $ de gain, moins les frais. Si 2026 ne bat pas de record, vous perdez votre mise de 24 $ (mais économiserez peut-être sur l’antisudorifique et l’écran solaire).
Peut-on revendre un contrat avant que le résultat soit connu?
Oui. Les personnes qui négocient ces contrats n’ont pas à attendre le résultat final. Un contrat peut être revendu à tout moment tant que le marché est ouvert.
Dans l’exemple ci-dessus, si le prix d’un contrat OUI passait à 0,36 $, vous pourriez revendre vos 100 contrats pour 36 $, ce qui vous donnerait un gain de 12 $, soit 50 % (moins les frais).
Comment les gains tirés des marchés de prédiction sont-ils imposés?
Même s’il n’existe pas de directive officielle de l’ARC sur les marchés de prédiction, ces gains seraient vraisemblablement traités comme d’autres revenus de placement, donc comme des gains en capital. Concrètement, 50 % de vos gains nets seraient imposables à votre taux marginal, et vos pertes pourraient servir à compenser d’autres gains.
En revanche, si vous négociez de façon fréquente, systématique ou à grande échelle, l’ARC pourrait considérer qu’il s’agit d’une activité commerciale. Dans ce cas, 100 % des profits seraient imposables comme revenu, et les pertes seraient en principe entièrement déductibles.
Pour savoir ce qui s’applique à votre situation, le mieux est de consulter un·e fiscaliste.
Quelle est la fiabilité des marchés de prédiction?
En théorie, la fiabilité des marchés de prédiction repose sur la sagesse des foules : l’idée qu’un grand groupe de personnes, chacune agissant selon ses propres connaissances et avec de l’argent en jeu, finira collectivement par produire une estimation plus juste que celle d’un·e seul·e spécialiste.
Dans les faits, les études qui comparent les marchés de prédiction à d’autres méthodes de sondage donnent des résultats mitigés. Certaines, comme celle de l’Université de l’Arizona, montrent qu’ils réagissent plus vite aux nouvelles informations. D’autres, comme celle de deux professeurs de l’Université Vanderbilt, concluent qu’ils ne sont ni particulièrement efficaces ni particulièrement précis pour prévoir les résultats électoraux.
Autrement dit, on peut voir ces contrats comme une sorte de sondage dont la taille d’échantillon pourrait, en théorie, être illimitée, et qui peut offrir des indications utiles sur les facteurs politiques, sociaux et économiques qui influencent les transactions.
C’est pourquoi les marchés de prédiction sont considérés comme utiles dans les domaines suivants :
Prévisions d’entreprise : les entreprises peuvent s’en servir pour mieux anticiper la demande, les tendances du marché ou les chances de succès de nouvelles initiatives.
Analyse des politiques publiques : les gouvernements et responsables des politiques publiques peuvent les utiliser pour prendre le pouls de l’opinion, estimer la probabilité d’une issue législative ou évaluer l’efficacité de certaines mesures.
Recherche et développement : les marchés de prédiction peuvent aussi servir à soutenir la recherche et le développement, en permettant aux participant·es de prendre position sur la probabilité d’une percée scientifique ou du succès d’un nouveau produit.
Couverture et gestion du risque : les particuliers comme les organisations peuvent s’en servir pour se protéger contre des événements futurs incertains, en guise de couverture contre certains risques.
À noter : les marchés de prédiction peuvent perdre en précision lorsque la liquidité diminue, c’est-à-dire lorsque moins de personnes y participent, ou lorsque l’incertitude est telle que l’information fiable se fait rare – comme après une percée technologique, un choc géopolitique ou, évidemment, une attaque de yéti. Les marchés de prédiction peuvent-ils compléter un portefeuille de placement?
Certaines personnes les utilisent comme une version plus simple des options ou des contrats à terme. Au lieu de convenir d’acheter ou de vendre quelque chose à un prix donné à une date précise (contrat à terme), ou d’acheter le droit de le faire (option), les marchés de prédiction permettent simplement de choisir un horizon donné et de parier sur une hausse ou une baisse de prix pendant cette période. Autre différence importante : le gain est fixe. Que vous ayez un peu raison ou tout à fait raison, le gain reste le même.
Les marchés de prédiction peuvent aussi servir de couverture pour certaines positions de votre portefeuille. Si vous détenez beaucoup d’actions d’une entreprise ou d’un secteur en particulier, vous pouvez prendre une position qui atténuerait vos pertes en cas d’imprévu.
Prenons un exemple : vous croyez fermement qu’une entreprise dépassera les attentes pour ses résultats du premier trimestre. Vous pouvez exprimer cette conviction en achetant l’action ou une option d’achat. Ce faisant, toutefois, vous vous exposez aussi au cours du titre, qui dépend de bien plus que les seuls résultats de l’entreprise.
Dans un cas comme celui-là, un PDG imprévisible pourrait publier quelque chose sur les réseaux sociaux quelques minutes avant l’annonce des résultats et déclencher une vague de ventes. Votre position – que vous ayez acheté l’action elle-même ou une option – aurait alors été juste, sans pour autant vous rapporter quoi que ce soit. Avec les marchés de prédiction, la logique est différente. Vous pourriez prendre la position que l’entreprise dépassera les attentes, puis réaliser un gain si cela se produit, peu importe l’évolution du titre par ailleurs.
Le délit d’initié existe-t-il sur les marchés de prédiction?
Dans les marchés financiers traditionnels, le délit d’initié, c’est-à-dire profiter d’une information qui n’est pas accessible au public, est illégal. Il en va de même pour les marchés de prédiction. Les plateformes sont légalement tenues de surveiller les transactions, de détecter les comportements suspects et de faire respecter les règles contre le délit d’initié. Pour ce faire, elles disposent de différents outils, notamment des limites de position, des algorithmes de surveillance du marché et de l’affichage en temps réel des prix et des volumes, qui accroît la transparence. Comme pour toute technologie émergente, les meilleures pratiques continuent d’évoluer.


