Parfois, l’objectif n’est pas de miser gros sur une forte hausse, mais plutôt de générer des revenus pendant qu’une action fait à peu près ce qu’on attend d’elle : pas grand-chose. C’est exactement ce que permet l’écart haussier sur options de vente. On encaisse une prime à l’avance et, tant que l’action reste stable ou monte légèrement, on la conserve.
Voyons comment ça fonctionne.
Les bases
Un écart haussier sur options de vente (aussi appelé écart créditeur sur options de vente, et souvent désigné par son terme anglais, bull put spread), implique deux transactions simultanées.
Vendre une option de vente à un prix de levée supérieur.
Acheter une option de vente à un prix de levée inférieur.
Les deux options sont sur le même titre et ont la même date d’échéance.
La vente de l’option de vente rapporte une prime – c’est votre revenu. L’achat de l’option de vente à prix de levée inférieur vous en coûte une partie, mais limite aussi vos pertes si le titre chute fortement. Résultat : vous connaissez votre gain maximal et votre perte maximale avant même de passer l’ordre.
Pattes : 2 (une position vendeur sur option de vente, une position acheteur sur option de vente)
Sentiment : haussier
Exemple concret (avec chiffres fictifs)
Disons que Jeanne suit l’action KIWI et pense que son prix va rester stable ou monter tranquillement, rien de fulgurant. Elle veut générer du revenu en misant sur cette hypothèse et rester protégée si elle a tort. C’est l’occasion d’utiliser un écart haussier sur options de vente.
Voici ce qu’elle fait :
Elle vend une option de vente KIWI à un prix de levée de 100 $ pour 3,20 $;
Elle achète une option de vente KIWI à un prix de levée de 95 $ pour 1,30 $.
Son crédit net (ce qu’elle encaisse à l’avance) est de 1,90 $ par action. Avec un multiplicateur de contrat de 100, ça lui rapporte 190 $ d’entrée de jeu.
Le meilleur scénario : gain maximal
Si KIWI termine à 100 $ ou plus à l’échéance, les deux options de vente expirent sans valeur et Jeanne conserve la totalité de la prime de 1,90 $ reçue. C’est son gain maximal, et il est déjà dans son compte.
Question : KIWI est à 101 $ quand Jeanne établit son écart pour un crédit net de 1,90 $. À l’échéance, KIWI se négocie à 102 $. Quel est son gain (avant frais et commissions)?
Réponse : 190 $
Les deux options expirent sans valeur. Jeanne conserve la totalité de la prime encaissée.
1,90 $ × 1 × 100 = 190 $
Regardons chaque patte séparément :
Position vendeur sur option de vente (prix de levée de 100 $) : vaut 0 $ à l’échéance. Jeanne a encaissé 3,20 $, donc son gain est de 3,20 $.
Position acheteur sur option de vente (prix de levée de 95 $) : vaut 0 $ à l’échéance. Jeanne a payé 1,30 $, donc sa perte est de 1,30 $.
(3,20 $) + (–1,30 $) = 1,90 $ × 100 = 190 $
Le pire scénario : perte maximale
L’hypothèse de Jeanne ne s’est pas avérée : KIWI a dégringolé. La bonne nouvelle? Elle savait exactement jusqu’où ça pouvait aller quand elle a passé l’ordre. L’option de vente achetée a joué son rôle et a amorti le coup, plafonnant la perte à la valeur maximale de l’écart.
Question : Même paramètres – KIWI à 101 $, crédit net de 1,90 $. À l’échéance, KIWI clôture à 93 $. Quel est le gain ou la perte de Jeanne?
Réponse : –310 $
Quand KIWI termine sous le prix de levée inférieur, l’écart atteint sa valeur maximale, soit la différence entre les prix de levée (100 $ − 95 $ = 5 $). Jeanne a vendu l’écart à 1,90 $, donc :
Prime encaissée – valeur de l’écart sur options de vente à l’échéance : (1,90 $) – (5 $) = –3,10 $ × 100 = –310 $
Regardons chaque patte :
Position vendeur sur option de vente (prix de levée de 100 $) : vaut 7 $ à l’échéance. Jeanne a encaissé 3,20 $, donc sa perte est de 3,80 $.
Position acheteur sur option de vente (prix de levée de 95 $) : vaut 2 $ à l’échéance. Jeanne a payé 1,30 $, donc son gain est de 0,70 $.
(–3,80 $) + (0,70 $) = –3,10 $ × 100 = –310 $
Seuil de rentabilité
Question : Quel est le seuil de rentabilité de Jeanne par action?
Réponse : 98,10 $
KIWI a bougé dans le bon sens, mais pas tout à fait assez. Jeanne a besoin que l’action reste au-dessus du prix de levée de sa position vendeur sur option de vente, moins la prime encaissée. En dessous de ce seuil, l’écart lui coûte plus qu’elle n’a encaissé. Au-dessus, elle est en territoire positif.
100 $ – 1,90 $ = 98,10 $
Ce que Jeanne espère vraiment
Elle veut que KIWI termine à 100 $ ou juste au-dessus à l’échéance. Si c’est le cas, aucune des deux options de vente n’a de valeur et elle conserve alors la totalité du crédit. Plus KIWI monte, plus elle a de coussin, mais le gain reste le même. Une échéance calme et sans surprises, c’est exactement ce qu’elle souhaite.
Un risque à surveiller : l’assignation anticipée
Puisque Jeanne a vendu une option de vente dans le cadre de cet écart, elle s’expose à un risque d’assignation anticipée. La partie acheteuse peut exercer l’option d’achat de manière anticipée – n’importe quel jour ouvrable avant l’échéance. Jeanne n’a pas son mot à dire sur le moment choisi.
Voici ce qu’il faut savoir :
La position acheteur sur option de vente (prix de levée inférieur) ne présente aucun risque d’assignation anticipée; c’est Jeanne qui décide si elle l’exerce ou non et à quel moment.
La position vendeur sur option de vente (prix de levée supérieur) comporte un risque d’assignation anticipée.
La plupart du temps, un exercice anticipé est motivé par la volonté d’encaisser les intérêts sur une position vendeur en actions. Si les intérêts générés dépassent la valeur-temps restante de l’option, il peut être logique pour la personne titulaire de l’option de choisir d’exercer par anticipation pour empocher ces intérêts.
Si Jeanne pense qu’une assignation anticipée est probable, elle a deux possibilités :
Clôturer l’écart en entier : racheter la position vendeur sur option de vente et vendre la position acheteur
Racheter seulement la position vendeur sur option de vente et laisser la position acheteur ouverte
En cas d’assignation sur la position vendeur sur option de vente, Jeanne se retrouve à devoir acheter des actions KIWI à 100 $. Si elle avait prévu exercer sa position acheteur pour se défaire de cette position en actions, elle doit savoir que la date de vente tombera un jour après la date d’achat, ce qui peut entraîner des frais supplémentaires et des intérêts. L’assignation peut également déclencher un appel de marge si la valeur du compte est insuffisante pour soutenir la position en actions qui en résulte.
Une précision importante : l’option de vente à prix de levée supérieur peut être en jeu sans que celle à prix de levée inférieur le soit. Ainsi, en cas d’assignation sur la position vendeur sur option de vente, Jeanne pourrait se retrouver avec une position acheteur en actions assortie d’une position acheteur sur option de vente encore hors jeu, une situation qu’elle n’avait pas prévue. Mieux vaut réfléchir à son plan bien avant l’échéance.
Une autre chose à garder en tête : les options sont exercées automatiquement à l’échéance si elles sont en jeu d’au moins 0,01 $. À l’approche de l’échéance :
Si le prix de KIWI est près de 100 $, l’assignation de la position vendeur sur option de vente est incertaine.
Si le prix de KIWI est près de 95 $, l’assignation de la position vendeur sur option de vente est presque certaine, et il reste à voir si la position acheteur sur option de vente sera exercée.
Si Jeanne souhaite éviter de se retrouver avec des actions après l’échéance, elle devrait clôturer l’écart avant qu’il n’expire.
Récapitulatif
Un écart haussier sur options de vente permet de générer des revenus sur un titre qu’on pense stable ou en hausse, sans avoir à en détenir les actions. Le gain maximal correspond à la prime encaissée, la perte maximale est limitée, et les deux chiffres sont connus dès le départ.
À explorer ensuite : d’autres stratégies de génération de revenus comme les condors de fer et les options d’achat couvertes, qui peuvent compléter cette approche.