Certaines personnes empruntent pour investir. Dit comme ça, l’idée peut sembler risquée – et ce n’est pas complètement faux –, mais il existe une stratégie bien précise derrière tout ça, qui peut véritablement générer des revenus dans les bonnes conditions. C’est ce qu’on appelle les opérations de portage sur marge
Voici comment la stratégie fonctionne, pourquoi certaines personnes y ont recours et ce qu’il faut savoir des risques avant de s’y aventurer.
Qu’est-ce qu’une opération de portage sur marge?
C’est une stratégie qui consiste à emprunter des fonds dans un compte sur marge à un taux d’intérêt relativement bas, puis à les investir dans des actifs offrant un rendement plus élevé, comme des actions ou des FNB versant des dividendes. L’objectif est d’obtenir un rendement supérieur au coût de l’emprunt et d’empocher la différence.
Au Canada, il faut aussi tenir compte de l’aspect fiscal : les intérêts payés sur des fonds empruntés pour générer des revenus de placement sont déductibles d’impôt. De quoi rendre la stratégie encore plus attrayante, du moins en théorie.
Voici comment ça fonctionne
Étape 1 : Emprunter sur marge Votre maison de courtage vous accorde un prêt sur marge en fonction de la valeur des actifs que vous détenez déjà. Le taux d’intérêt sur ce prêt correspond à votre coût de portage, c’est-à-dire le coût de votre emprunt.
Étape 2 : Investir dans des actifs à rendement plus élevé Vous investissez les fonds empruntés dans des actions ou des FNB qui versent des dividendes et dont le rendement dépasse votre taux d’emprunt. Plus l’écart entre ce que vous gagnez et ce que vous payez est grand, plus la stratégie est rentable.
Étape 3 : Encaisser l’écart Chaque trimestre (ou chaque mois, selon le placement), vous touchez un revenu de dividendes supérieur aux intérêts que vous payez, ce qui vous laisse un surplus de liquidités.
Étape 4 : Déduire les intérêts sur marge dans votre déclaration de revenus L’ARC vous permet de déduire les intérêts payés sur des fonds empruntés pour générer des revenus de placement, ce qui réduit votre coût d’emprunt effectif et élargit encore l’écart en votre faveur.
Exemple hypothétique
Supposons que vous ayez un solde débiteur de 50 000 $ dans un compte sur marge, un revenu annuel de 150 000 $ et que vous investissiez en Ontario. Voici à quoi cela pourrait ressembler :
Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Solde débiteur du compte sur marge | 50 000 $ |
| Taux d’intérêt sur marge* | 3,95 % |
| Rendement en dividendes du portefeuille | 5,50 % |
| Taux marginal d’imposition (Ontario, revenu d’environ 150 000 $) | ~43,41 %** |
Revenus et frais
Revenus de dividendes : 50 000 $ × 5,50 % = 2 750 $
Intérêts sur marge : 50 000 $ × 3,95 % = 1 975 $
Flux de trésorerie net avant impôt : 775 $
Traitement fiscal des dividendes
Au Canada, les dividendes déterminés sont imposés plus avantageusement que le revenu d’emploi grâce au mécanisme de majoration et au crédit d’impôt pour dividendes.
Étape | Montant |
|---|---|
| Dividendes reçus | 2 750 $ |
| Montant majoré (×1,38) | 3 795 $ |
| Impôt fédéral au taux marginal de 26 %** sur le montant majoré | 986,70 $ |
| Crédit d’impôt fédéral pour dividendes de 15,02 %** sur le montant majoré | (570,01 $) |
| Impôt provincial (Ontario) au taux marginal de 11,16 %** sur le montant majoré | 423,52 $ |
| Surtaxe de l’Ontario de 6,25 %** sur le montant majoré | 237,18 $ |
| Crédit d’impôt de l’Ontario pour dividendes de 10 % sur le montant majoré | (379,50 $) |
| Impôt total sur les revenus de dividendes | 697,90 $ |
| Taux d’imposition effectif sur les dividendes | ~25,38 % |
C’est nettement inférieur au taux marginal d’environ 43,41 % applicable au revenu d’emploi, et c’est en bonne partie ce qui rend cette stratégie attrayante pour les personnes à revenu élevé.
Économies d’impôt liées aux intérêts sur marge
Étape | Montant |
|---|---|
| Intérêts sur marge payés | 1 975 $ |
| Économie d’impôt liée à la déduction des intérêts (à 43,41 %) | 857,35 $ |
| Coût d’emprunt après impôt | 1 117,65 $ |
| Taux d’intérêt effectif | ~2,24 % |
Résultat net
Indicateur | Montant |
|---|---|
| Revenu de dividendes | 2 750,00 $ |
| Impôt sur les dividendes | (697,90 $) |
| Revenu de dividendes après impôt | 2 052,10 $ |
| Coût d’emprunt après impôt | (1 117,65 $) |
| Gain net après impôt | 934,45 $ |
| Rendement après impôt sur le capital emprunté | ~1,87 % |
Pourquoi ça fonctionne
Cette stratégie présente trois avantages distincts quand tous les voyants sont au vert :
Un écart positif. Un rendement de 5,50 % par rapport à un coût d’emprunt de 3,95 % se traduit par un écart brut de 1,55 % avant impôt – c’est le fondement de toute l’opération.
Un traitement fiscal avantageux pour les dividendes. Dans cet exemple, les dividendes déterminés au Canada sont imposés à environ 25,38 %, contre environ 43,4 % pour le revenu d’emploi. Vous conservez donc une plus grande part de ce que vous gagnez.
Des intérêts déductibles. La règle de l’ARC sur la déductibilité des intérêts fait passer votre taux d’emprunt effectif de 3,95 % à environ 2,24 %.
Les risques (et ils sont bien réels!)
Cette stratégie amplifie les gains, mais aussi les pertes. Avant de vous y aventurer, assurez-vous de bien comprendre ce qui peut mal tourner.
Appels de marge. Si la valeur de vos actifs baisse, votre maison de courtage peut vous demander d’ajouter des fonds ou de liquider certaines positions pour maintenir votre marge.
Baisses de dividendes. Le revenu sur lequel vous comptez n’est pas garanti. Les entreprises peuvent réduire ou supprimer leurs dividendes, surtout en période de ralentissement – souvent au moment même où la valeur de votre portefeuille recule elle aussi.
Hausse des taux d’intérêt. Les taux sur marge sont variables. S’ils montent, l’écart se rétrécit. Et au-delà d’un certain seuil, la stratégie perd tout son sens.
Risque de concentration. Les actions à rendement élevé se concentrent souvent dans certains secteurs : services publics, FPI, énergie. Si l’un de ces secteurs encaisse un choc, l’ensemble de votre portefeuille peut en subir les effets.
Pertes en capital. Une action offrant un rendement de 5,50 % qui perd 15 % de sa valeur marchande vous fait perdre plus qu’elle ne vous rapporte. Le revenu de dividendes ne compense pas une baisse marquée de la valeur du placement sous-jacent.
Déductibilité des intérêts. L’ARC exige que les fonds empruntés servent à tirer un revenu d’une entreprise ou d’un bien. Si vous investissez dans des actions de croissance qui ne versent pas de dividendes, les intérêts pourraient ne pas être déductibles.
Le traitement fiscal varie selon le type de titre. L’exemple ci-dessus suppose que tout le revenu provient de dividendes déterminés canadiens. Or, les distributions de certains FNB à large couverture ne donnent pas toutes droit au crédit d’impôt pour dividendes et peuvent être imposées autrement.
Conseils pratiques si vous envisagez cette stratégie
Maintenant que vous savez qu’emprunter sur marge pour investir ne convient pas à tout le monde ni à toutes les situations, voici quelques bonnes pratiques à garder en tête pour passer à l’action en toute connaissance de cause.
Diversifiez vos secteurs. Ne vous concentrez pas dans un seul secteur simplement parce que les rendements y sont élevés.
Envisagez des FNB diversifiés. Les FNB de dividendes canadiens peuvent réduire le risque lié aux titres individuels tout en préservant le traitement fiscal applicable aux dividendes déterminés.
Consultez la fiche du fonds. Vérifiez s’il détient des titres étrangers. Les FNB de dividendes canadiens ne sont pas nécessairement composés uniquement d’actions canadiennes : certains comprennent aussi des actions américaines ou internationales. Contrairement aux dividendes déterminés canadiens, qui donnent droit au crédit d’impôt pour dividendes, les distributions provenant de titres étrangers sont imposées à votre taux marginal.
Connaissez votre seuil d’appel de marge. En matière de marge, tout est une question de limites. Prenez le temps de comprendre les exigences de votre maison de courtage et gardez une marge de manœuvre.
Faites le suivi des intérêts payés. Vous aurez besoin de pièces justificatives pour demander la déduction à la ligne 22100 de votre déclaration T1.
Réévaluez régulièrement la stratégie. Si les taux montent ou que les rendements baissent, les calculs changent. Soyez prêt·e à revoir votre stratégie.
* Taux sur marge présumés pour la clientèle Génération. Le taux d’intérêt sur marge de Wealthsimple correspond au taux préférentiel moins 0,5 % pour la clientèle Génération, au taux préférentiel pour la clientèle Avantage et au taux préférentiel plus 0,5 % pour la clientèle Essentiel. Au 5 mars 2025, le taux préférentiel applicable aux comptes sur marge de Wealthsimple s’établissait à 4,45 % pour les comptes en dollars canadiens et à 6,75 % pour les comptes en dollars américains. Ces taux sont susceptibles de changer. Les taux sont annualisés, calculés quotidiennement et facturés mensuellement. Tout placement comporte des risques. Pour en savoir plus, consultez cet article.
** Taux marginal d’imposition de 43,41 % = taux marginal fédéral de 26,00 % + taux marginal de l’Ontario de 11,16 % + rajustement au titre de la surtaxe de l’Ontario d’environ 6,25 %. Le crédit d’impôt fédéral pour dividendes correspond à 15,019 8 % du montant majoré, et le crédit d’impôt de l’Ontario pour dividendes à 10 % du montant majoré, conformément à la Loi de 2007 sur les impôts de l’Ontario.


