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L'argent de poche dans un monde numérique : comment font les familles?

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Vous voulez que vos enfants apprennent à gérer l'argent. Le problème, c'est que vous n'en manipulez presque plus vous-même. Vous payez avec votre téléphone à l'épicerie, vous partagez une facture de resto par appli, et vous payez votre loyer par virement automatique. Les pièces de monnaie dans vos poches – s'il en reste – datent d'un parcomètre payé il y a trois semaines.

Alors quand arrive le dimanche soir et qu'il est temps de remettre 5 $ d'argent de poche, vous êtes pris au dépourvu. La tirelire semble d'un autre temps. La leçon que vous essayez d'enseigner – que l'argent est bien réel, que les choix comptent – ne passe pas de la même façon quand vous devez fouiller un tiroir fourre-tout pour trouver un billet froissé.

Vous n'êtes pas seul·e. Les parents canadiens naviguent un écart un peu gênant entre la façon dont ils gèrent leur argent et celle dont ils essaient de l'enseigner. Voici un survol des options concrètes, des âges où chaque approche est pertinente, et des façons de garder l'argent « invisible » bien concret pour des enfants qui vous ont toujours vus payer d'un simple tap.

Pourquoi l'argent de poche devient gênant quand on n'a plus de comptant

Le concept d'argent de poche n'a pas beaucoup changé depuis des décennies. Un parent remet à son enfant un montant fixe à intervalle régulier – habituellement chaque semaine – pour qu'il ou elle puisse s'exercer à budgéter, épargner et dépenser. Ce qui a changé, c'est le moyen. Les transactions en argent comptant reculent d'année en année partout au Canada, et les paiements sans contact dominent désormais les achats du quotidien. De nombreuses familles passent des semaines entières sans manipuler d'argent physique.

Cela crée un moment un peu étrange à la table de cuisine. Vous essayez de remettre quelque chose de tangible – que l'enfant peut tenir, compter, et regarder s'accumuler dans un pot – mais vous n'en avez pas sur vous. Un enfant de 6 ans qui dépose un huard dans un pot et voit la pile grossir apprend quelque chose de viscéral sur l'accumulation. Une notification sur un écran n'a pas le même poids. Pas encore.

Le « problème du pot de change » n'est pas anodin. C'est le symptôme d'un décalage plus large : les outils financiers que les adultes utilisent au quotidien n'ont pas été conçus en pensant aux enfants. Votre carte de débit, votre appli bancaire, vos paiements automatiques de factures – aucun de ces outils n'a de fonction intégrée pour mettre de côté 10 $ par semaine pour un enfant de 9 ans. Alors les parents improvisent.

Les options concrètes pour verser de l'argent de poche numériquement au Canada

Chaque option comporte ses compromis en matière d'âge approprié, de frais et de degré de « réalisme » que l'argent conserve pour un enfant. Voici les principales catégories.

Les cartes de débit prépayées pour enfants

Plusieurs entreprises offrent maintenant des cartes de débit prépayées conçues pour les enfants et les ados. Ces cartes viennent généralement avec une appli compagnon qui permet aux parents de charger de l'argent, de fixer des limites de dépenses et de voir les transactions en temps réel. L'enfant reçoit une carte physique qu'il ou elle peut utiliser en magasin, ce qui rend l'argent plus tangible qu'un chiffre dans un tableur.

À surveiller :

  • Les frais mensuels – un compte ne devrait pas coûter plus cher que le solde qu'il contient

  • Les âges minimaux (certaines cartes sont offertes dès 8 ans, d'autres à partir de 13 ans)

  • Les contrôles parentaux, y compris la possibilité de bloquer certaines catégories de commerçants ou de transactions

  • L'accès au guichet automatique, et la possibilité de l'activer ou de le désactiver selon que votre enfant a besoin d'argent comptant physique ou non

Ces cartes font le pont entre le physique et le numérique. Votre enfant paie en magasin, voit le solde changer à l'écran, et commence à comprendre que dépenser a des conséquences. Le compromis, ce sont les frais (s'il y en a). La plupart des institutions offrent des comptes sans frais, mais certains fournisseurs peuvent facturer de 5 $ à 10 $ par mois, ce qui peut sembler élevé quand l'argent de poche lui-même n'est que de 10 $.

Faire le suivi de l'argent de poche sans carte

Si votre enfant n'est pas encore prêt pour une carte, vous n'avez pas besoin qu'un vrai transfert d'argent circule dans le système pour développer de bonnes habitudes. Il y a deux façons simples de faire cela.

Une option consiste à inclure votre enfant dans le suivi de vos propres comptes. Montrez-lui vos soldes sur votre téléphone, laissez-le ou la observer l'argent de poche hebdomadaire arriver, et soulignez comment les intérêts s'accumulent avec le temps. Voir de l'argent réel croître – même dans votre propre compte – rend l'épargne concrète d'une façon qu'un solde fictif ne peut pas reproduire.

L'autre option est une appli de suivi d'argent de poche dédiée. Ces applis vous permettent d'enregistrer les dépôts, les retraits et les objectifs d'épargne, un peu comme un registre numérique qui remplace le pot physique. Vous « déposez » l'argent de poche hebdomadaire, votre enfant voit le solde croître, et quand il ou elle veut acheter quelque chose, vous payez et déduisez le montant du solde dans l'appli – une sorte de compte courant que vous gérez ensemble.

Les deux approches fonctionnent bien pour les jeunes enfants (environ 6 à 10 ans) qui ne font pas encore d'achats seuls. La limite est la même pour les deux : elles exigent votre présence à chaque transaction, ce qui peut devenir lourd à mesure que les enfants grandissent et souhaitent plus d'autonomie.

Le virement Interac pour les enfants plus âgés

Pour les ados qui ont leur propre compte bancaire, le Virement Interac® est simple. Vous envoyez l'argent de poche à un jour fixe chaque semaine, et il arrive dans leur compte en quelques minutes. Aucune appli à installer, aucuns frais mensuels.

Le compromis : le virement Interac offre peu de supervision parentale. Une fois l'argent arrivé, ce qu'ils en font relève d'eux et de leur appli bancaire. Pour les parents qui veulent avoir une visibilité sur les dépenses, cela peut représenter un acte de confiance. Mais pour un jeune de 15 ou 16 ans, cette autonomie est souvent exactement le but recherché.

Le registre familial ou le tableau

Le numérique « low-tech » compte quand même comme numérique. Certaines familles gèrent l'argent de poche à l'aide d'un tableur ou d'un carnet partagé où les dépôts et les retraits sont notés à la main. L'enfant voit les chiffres, participe à leur mise à jour, et apprend les mécanismes du suivi de l'argent sans avoir besoin d'appli ni de carte.

Cette approche ne coûte rien et fonctionne à tout âge. Elle exige toutefois de la discipline – si le tableur n'est pas mis à jour régulièrement, le système s'effondre. Et pour les enfants pressés de faire leurs propres achats, elle a la même limite qu'une appli : le parent demeure l'intermédiaire pour chaque transaction.

Quand l'argent de poche numérique est pertinent (et quand le comptant fonctionne encore)

L'âge compte ici, mais pas de façon rigide. Chaque enfant est différent, mais certaines tendances générales se dégagent.

Moins de 7 ou 8 ans : l'argent physique tend à bien fonctionner pour les jeunes enfants. Les pièces et les billets sont concrets. 

Un enfant qui trie des huards et des deux dollars en piles développe une compréhension sensorielle de la quantité qu'aucune appli ne peut reproduire. Si vous n'avez pas de comptant sur vous, un passage hebdomadaire au guichet automatique pour retirer l'argent de poche peut devenir une partie du rituel – et de la leçon.

8 à 12 ans : une bonne tranche d'âge pour les approches hybrides. Une carte prépayée ou une appli de suivi d'argent de poche donne aux enfants un avant-goût de l'argent numérique tout en laissant le parent garder le contrôle. Beaucoup de familles dans cette tranche combinent les deux : de l'argent physique pour les petits achats en personne (la foire aux livres à l'école, une gâterie au dépanneur) et un suivi numérique pour les objectifs d'épargne.

13 ans et plus : la plupart des ados sont prêts pour de l'argent numérique réel – que ce soit une carte prépayée avec moins de restrictions ou un virement Interac vers leur propre compte bancaire. L'objectif à ce stade est de les laisser pratiquer leur indépendance financière, avec les erreurs que cela implique.

L'approche hybride mérite d'être soulignée, car c'est ce que font réellement beaucoup de familles. L'argent de poche hebdomadaire de 5 $ peut arriver par appli, mais l'argent d'anniversaire d'un grand-parent arrive encore sous forme d'un billet de 20 $. Composer avec les deux formats est pratique, et ça reflète aussi la façon dont les adultes gèrent leur argent – on utilise plusieurs outils, pas un seul.

Rendre l'argent invisible concret pour les enfants

C'est la préoccupation que les parents expriment le plus souvent : si l'argent n'est qu'un chiffre à l'écran, comment un enfant peut-il développer un rapport réel avec lui? Cette inquiétude est légitime. Les adultes qui ont grandi avec de l'argent comptant ont un sens intuitif de « perdre » quelque chose lorsqu'ils remettent un billet de 20 $. Une transaction sans contact ne déclenche pas la même réaction – et des chercheurs ont documenté ce phénomène chez les adultes, alors imaginez chez les enfants.

Cette inquiétude reste toutefois gérable. Voici des stratégies que des familles disent avoir bien fonctionné.

  • Les indicateurs visuels. Certaines applis et cartes incluent une barre de progression ou un graphique de pot qui se remplit à mesure que le solde grossit. Vous pouvez recréer cela avec un simple tableau sur le frigo. L'idée est de donner une forme visuelle à un chiffre abstrait.

  • Les pots numériques « dépenser-épargner-donner ». Le système des trois pots (un pour dépenser, un pour épargner, un pour donner) est un classique des conseils sur l'argent de poche depuis des années. Plusieurs outils numériques reproduisent cette idée en permettant aux enfants de répartir leur solde en catégories. Un tableur ou un carnet peut faire la même chose avec des colonnes.

  • Impliquer les enfants dans les transactions. Laissez-les payer eux-mêmes avec la carte. Montrez-leur le reçu. Consultez la transaction ensemble. L'objectif est de faire en sorte que dépenser ressemble à un geste conscient, et non à quelque chose d'invisible.

  • Leur permettre de consulter leur solde régulièrement. Pour bien des enfants, le point tournant survient quand ils commencent à vérifier leur propre solde avant un achat. C'est à ce moment que l'argent numérique devient réel – quand le chiffre à l'écran représente quelque chose qu'ils ont gagné, quelque chose qu'ils pourraient perdre, et quelque chose qu'ils choisissent de dépenser.

Le principe sous-jacent, c'est la participation. L'argent comptant semble réel parce qu'on le touche. L'argent numérique peut sembler tout aussi réel quand les enfants participent au suivi, aux décisions et aux transactions – plutôt que de les voir se dérouler hors de leur vue.

Le débat des tâches ménagères : est-ce que ça change avec l'argent de poche numérique?

La question de lier ou non l'argent de poche aux tâches ménagères est un vieux débat chez les parents, bien antérieur à l'ère numérique. Les outils numériques déplacent la conversation, mais seulement à la marge.

L'argument pour l'argent de poche inconditionnel : certains parents et chercheurs en développement de l'enfant soutiennent que l'argent de poche devrait être un outil d'apprentissage, pas un salaire. Donnez aux enfants un montant régulier et prévisible pour qu'ils puissent s'exercer à budgéter et à prendre des décisions. Le lier aux tâches, selon cet argument, envoie le message que contribuer à la maison est optionnel – quelque chose qu'on fait pour être payé plutôt que parce qu'on fait partie d'une famille.

L'argument pour l'argent de poche basé sur les tâches : d'autres familles préfèrent lier l'argent à l'effort. Accomplir des tâches, gagner un taux fixe et voir le dépôt arriver enseigne une autre leçon – que l'argent se gagne, et que l'effort a une valeur. Plusieurs applis d'argent de poche incluent des listes de tâches où l'enfant coche une corvée, le parent l'approuve, et le montant s'ajoute automatiquement.

Ce que le numérique ne règle pas : la question philosophique reste la même, peu importe le format. Que vous remettiez un billet de 5 $ le samedi matin ou qu'une appli crédite 5 $ à un solde numérique, vous devez tout de même décider si l'argent de poche inclut les tâches ou non. Les outils numériques peuvent rendre la mécanique du versement plus fluide – le suivi, l'approbation et le dépôt deviennent plus rapides – mais c'est à vous de choisir ce qu'elle comprend.

Certaines familles font un compromis : un montant de base arrive chaque semaine, peu importe, et des occasions supplémentaires de gagner de l'argent sont offertes pour des tâches précises qui vont au-delà des attentes quotidiennes.

Quoi faire avec l'argent reçu en cadeau ou les sommes ponctuelles en comptant

L'argent de poche est régulier, mais l'argent n'arrive pas toujours selon un horaire fixe. Les chèques d'anniversaire des grands-parents, l'argent de la petite souris, les cadeaux des Fêtes – ces sommes ponctuelles créent un casse-tête comptable quand votre système est surtout numérique.

Quelques approches :

  • Déposer l'argent comptant. Si votre enfant a un compte d'épargne, amenez-le ou amenez-la à un guichet automatique ou dans une succursale pour déposer l'argent physique. L'acte de déposer est en soi une leçon – l'enfant voit l'argent passer du physique au numérique et comprend que les deux formes représentent la même chose.

  • Le convertir dans votre registre. Si vous utilisez une appli ou un tableur, gardez l'argent comptant et créditez l'équivalent au solde numérique de l'enfant. Cela fonctionne bien si l'enfant comprend l'échange.

  • Laisser l'argent comptant être de l'argent comptant. Certaines familles gardent une réserve physique distincte – un pot ou une enveloppe – pour les cadeaux ponctuels en argent. L'enfant peut dépenser cet argent en personne, l'épargner, ou éventuellement le déposer. Il n'y a rien de mal à maintenir deux systèmes en parallèle.

Peu importe la méthode choisie, expliquez-la à votre enfant. « Grand-maman t'a donné 25 $ – on l'ajoute à ton solde dans l'appli, et voici ton nouveau total. » La constance et la transparence comptent plus que la méthode elle-même.

L'argent reçu en cadeau est une belle occasion de parler de choix. Un cadeau d'anniversaire de 50 $ représente une somme importante pour un enfant. L'aider à réfléchir à combien épargner, dépenser et donner – sans lui dicter le résultat – renforce justement les habiletés que l'argent de poche est censé développer.

Il n'existe pas un seul bon système pour verser de l'argent de poche. Le comptant, le numérique et les approches hybrides fonctionnent tous – le bon choix dépend de l'âge de votre enfant, des habitudes de votre famille et du niveau de supervision que vous souhaitez avoir. Ce qui compte plus que le format, c'est la conversation qui l'entoure : la pratique constante et sans pression de gagner, d'épargner, de dépenser et de choisir. Le moyen change. La leçon, elle, n'a pas à changer.

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