Vous détenez une action qui vous inspire confiance, mais les marchés sont imprévisibles et vous aimeriez en quelque sorte souscrire une assurance. Un tunnel constitue un moyen abordable de protéger votre position contre une forte baisse. Le hic : vous limiterez les gains potentiels en cas de hausse. Pour bien des investisseurs et investisseuses, ce compromis en vaut la peine.
Voici comment ça fonctionne.
Principes de bases
Pour monter un tunnel, il faut trois étapes :
Détenir des actions
Acheter une option de vente à un prix de levée inférieur (votre protection)
Vendre une option d’achat à un prix de levée supérieur (le financement de votre protection)
Les deux options ont le même sous-jacent (l’action) et la même date d’échéance. L’option de vente vous protège en cas de baisse du cours de l’action. L’option d’achat vendue génère une prime qui compense, parfois complètement, le coût de l’option de vente. Lors de la mise en place, les deux options sont généralement hors jeu.
Le revers de la médaille : si le cours de l’action dépasse le prix de levée de votre option d’achat, votre potentiel de gain sera plafonné. En effet, vous acceptez de vendre vos actions à ce prix-là si l’option d’achat est exercée.
Pattes de la stratégie : 2 options (position acheteur sur option de vente à un prix de levée inférieur + position vendeur sur option d’achat à un prix de levée supérieur), plus l’action Sentiment : Optimisme prudent
Exemple concret (avec des chiffres fictifs)
Supposons que Johanne détient 100 actions KIWI, qu’elle a achetées à 100 $ chacune. D’une part, elle est optimiste quant à l’évolution du cours de KIWI. D’autre part, elle souhaite se protéger contre les baisses, mais pas à n’importe quel prix.
Voici ce qu’elle fait :
Acheter 1 option de vente sur KIWI échéant en janvier au prix de levée de 95 $ pour une prime de 1,60 $
Vendre 1 option d’achat sur KIWI échéant en janvier au prix de levée de 105 $ pour une prime de 1,80 $
L’option d’achat vendue lui rapporte une prime supérieure au coût de l’option de vente. Elle se retrouve donc avec un crédit net de 0,20 $. Sa position est protégée, et elle a même reçu un petit montant pour la mettre en place.
Le meilleur scénario : profit maximal
Le scénario idéal pour Johanne est qu’à l’échéance, le cours de KIWI grimpe à 105 $, ce qui correspondrait exactement au prix de levée de son option d’achat. Ce scénario lui rapporterait le maximum de profit. Si le cours de KIWI dépasse ce seuil, elle ne profite pas des gains supplémentaires, car l’option d’achat vient plafonner son potentiel de hausse. Par contre, elle conserve une prime nette de 0,20 $, ce qui porte son prix de vente effectif à 105,20 $.
Question : Le cours de KIWI grimpe à 110 $. À combien s’élève le profit non réalisé de Johanne (avant déduction des frais et commissions)?
Réponse : 520 $
Le potentiel de hausse de Johanne est plafonné au prix de levée de l’option d’achat, qui est de 105 $, plus la prime nette qu’elle a empoché.
105 $ + 0,20 $ = 105,20 $ (prix maximal effectif) 105,20 $ – 100 $ (prix d’achat initial) = 5,20 $ par action 5,20 $ × 100 actions = 520 $
Le pire scénario : perte maximale
Dans ce cas-ci, le cours de KIWI a chuté. C’est dommage, mais Johanne était prête à cette éventualité, et l’option de vente lui a bien servi. Si le cours de l’action devait reculer en dessous du prix de levée de l’option de vente, qui est de 95 $, ses pertes cesseraient d’augmenter. L’option de vente sert donc de plancher.
Question : Le cours de KIWI tombe à 93 $ par action. À combien s’élève la perte non réalisée de Johanne (avant déduction des frais et commissions)?
Réponse : –480 $
L’option de vente fait son travail dès que le cours atteint 95 $ et vient limiter l’ampleur de la perte.
Prix de levée de l’option de vente (95 $) – prix d’achat de l’action (100 $) = –5,00 $ par action Rajouter la prime nette perçue : –5,00 $ + 0,20 $ = –4,80 $ par action –4,80 $ × 100 actions = –480 $
Seuil de rentabilité
Question : Quel est le seuil de rentabilité par action pour Johanne?
Réponse : 99,80 $
Comme Johanne a encaissé un crédit net de 0,20 $ lorsqu’elle a mis en place le tunnel, son seuil de rentabilité est légèrement inférieur au prix qu’elle a payé pour les actions. Grâce à ce petit coussin, elle peut rester dans le seuil de rentabilité même si le cours de KIWI ne fait pas de surplace.
100 $ – 0,20 $ = 99,80 $
Si elle avait payé l’option de vente plus cher que ce qu’elle a perçu pour l’option d’achat, le calcul serait inversé. Ainsi, son seuil de rentabilité se situerait au-dessus de son prix d’achat, et il lui suffirait que le cours de KIWI augmente un peu pour qu’elle récupère le coût des options.
Ce que Johanne espère
Johanne aimerait que le cours de KIWI augmente pour atteindre 105 $ à l’échéance. Ce scénario lui rapporterait le maximum de profit. En dessous de ce seuil, elle conserverait les actions sans rien perdre. Au-dessus de ce seuil, l’option d’achat serait levée, et elle serait obligée de livrer ses actions. Elle passerait à côté de tout gain advenant un cours supérieur à 105 $, mais au moins, elle empocherait son gain maximal. Pas mal pour ce qui était avant tout un pari prudemment optimiste.
Un risque à surveiller : l’assignation anticipée
Comme Johanne a vendu une option d’achat dans le cadre de ce tunnel, elle court un risque d’assignation anticipée. La partie acheteuse peut exercer l’option d’achat de manière anticipée – n’importe quel jour ouvrable avant l’échéance. Johanne n’a pas son mot à dire sur le moment choisi.
La raison la plus courante pour exercer une option d’achat par anticipation est le versement d’un dividende. Si KIWI est sur le point d’en verser un et que l’option d’achat de Johanne est en jeu, la partie acheteuse pourrait exercer l’option par anticipation si elle veut être actionnaire à la date de clôture des registres. Lorsque c’est le cas, Johanne ne recevra pas de dividende, puisque ses actions seront rachetées avant la date de versement.
Quelques points à retenir :
En cas d’exercice anticipé de la position vendeur sur option d’achat, Johanne ne détiendra plus d’actions KIWI. Sa position aura disparu.
Sa position acheteur sur option de vente restera ouverte, mais elle protégera une position sur actions qu’elle ne détient plus. Elle devra décider quoi faire.
Si Johanne souhaite éviter tout cela, elle peut liquider l’ensemble du tunnel avant l’échéance. Autrement dit, elle rachète la position vendeur sur option d’achat et elle vend la position acheteur sur option de vente, puis elle passe à autre chose.
En résumé
Un tunnel est l’une des stratégies d’options les plus pratiques lorsque vous détenez des actions à long terme. Vous ne cherchez pas à faire fortune, mais simplement à dormir sur vos deux oreilles. Vous renoncez à une partie du potentiel de hausse, mais en contrepartie, vous obtenez une véritable protection contre les baisses – bien souvent à peu ou pas de frais. C’est la solution tout indiquée lorsque vous souhaitez conserver une action et avoir l’esprit tranquille malgré la volatilité.