Lorsqu’un emprunt est garanti par des placements négociés sur les marchés publics, le ratio prêt-valeur peut changer rapidement. Mais pas de panique : avec des habitudes d’emprunt responsables, comme ne pas emprunter son montant maximal, on peut maintenir son ratio loin de la zone de risque.
Le RPV, c’est quoi et pourquoi c’est important?
Le ratio prêt-valeur (RPV) est un ratio de levier financier qui représente la part de dette sur un actif. Il indique à quel point un emprunt est exposé au risque de défaut. En clair, plus le RPV est élevé, plus le risque de non-paiement est grand, puisque la valeur nette de l’actif pourrait ne pas suffire à couvrir la dette. Un RPV plus faible, à l’inverse, indique une valeur nette plus élevée et donc un risque de défaut moindre.
Pensez à l’hypothèque sur une maison. Le pourcentage que représente l’hypothèque par rapport à la valeur totale de la propriété, c’est son ratio prêt-valeur. Dans le cas d’une hypothèque de 400 000 $ sur une maison de 500 000 $, le RPV serait de 80 %, et la valeur nette correspondrait aux 20 % restants. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’assurance prêt hypothécaire est obligatoire si la mise de fonds est inférieure à 20 % : on considère alors que le risque de défaut est beaucoup plus élevé.
La marge de crédit sur portefeuille, contractée auprès d’une institution financière et garantie par un portefeuille de placements, offre généralement une limite de crédit relativement basse. Cela permet d’éviter que les fluctuations importantes des marchés ne compromettent le prêt, et de maintenir le RPV du bon côté. Cependant, lorsqu’on emprunte sur ses placements, le RPV peut changer rapidement si la valeur marchande des actifs en garantie grimpe ou chute.
Calculer votre RPV
Pour calculer votre ratio prêt-valeur, divisez le montant de votre prêt par la valeur totale des actifs en garantie, et multipliez le résultat par 100.
Par exemple, disons que vous avez une marge de crédit sur portefeuille auprès de votre maison de courtage. Vous y avez emprunté 10 000 $, et la valeur totale de votre portefeuille est de 100 000 $.
(10 000 $ / 100 000 $) * 100 = 10 %
Votre maison de courtage y verrait un RPV peu risqué : vous auriez encore assez de valeur nette dans votre portefeuille pour couvrir le remboursement intégral du prêt si elle l’exigeait.
Avantages et risques d’une marge de crédit sur portefeuille
Avantages
Utiliser un actif comme un portefeuille de placements en garantie peut offrir un plus grand pouvoir d’achat pour investir, faire des achats importants ou financer de grands projets de vie comme un mariage, un voyage de rêve ou des rénovations. On peut aussi y recourir pour couvrir des dépenses imprévues.
Risques
Risque lié au taux d’intérêt : La marge de crédit sur portefeuille offre généralement un taux d’intérêt plus bas qu’une marge de crédit personnelle non garantie, et parfois même qu’une marge de crédit hypothécaire. Mais comme son taux d’intérêt est variable, si la Banque du Canada hausse son taux directeur, le remboursement du prêt pourrait coûter plus cher que prévu.
Exigence de fonds supplémentaires : Si vous avez emprunté près de votre limite de crédit et que la volatilité des marchés fait chuter considérablement la valeur de votre portefeuille, votre RPV pourrait dépasser la limite autorisée. Votre institution financière vous demanderait alors de déposer des liquidités ou de transférer des titres admissibles dans votre portefeuille, ou encore de rembourser une partie du solde, sans quoi elle pourrait liquider vos titres.
Pourquoi la volatilité de marchés change la donne
Le RPV n’est pas une donnée statique. Si les actifs perdent de la valeur, le RPV augmentera automatiquement, puisque le prêt y pèsera davantage.
Lorsqu’on emprunte sur des placements, il y a toujours un risque que les turbulences du marché viennent gruger une partie de la valeur du portefeuille. Si elle chute considérablement, le RPV pourrait dépasser la limite permise par la maison de courtage – il n’y aurait alors plus de garantie suffisante pour couvrir le prêt. Et plus on est proche de sa limite de crédit, plus ce risque est élevé.
Dans un tel scénario, la maison de courtage demanderait de déposer des fonds dans le compte de placements garantissant la marge, ou de vendre des actifs pour rembourser le prêt avant une date d’échéance. En cas de défaut, elle pourrait vendre les actifs, en partie ou en totalité, pour rembourser le prêt et ramener le RPV sous la limite autorisée. Si un appel de marge contraint à vendre des titres, la vente pourrait se faire à perte, sans compter une possible facture fiscale, selon le type de compte et les gains en capital.
Déterminer une limite soutenable
Avant d’emprunter, il convient d’envisager le pire scénario. Si les marchés chutaient de 20 %, quel serait votre RPV avec le montant que vous pensez emprunter? En mode prudence, on choisira généralement de rester sous le RPV maximal autorisé par la maison de courtage, afin de tenir compte des fluctuations des marchés qui pourraient affecter la valeur du portefeuille.
Voici deux exemples concrets, en supposant un portefeuille d’une valeur de 100 000 $ et un RPV maximal de 30 %.
Supposons que vous avez emprunté 25 000 $ et que le marché chute de 20 %, faisant baisser votre portefeuille à 80 000 $. Votre RPV passerait alors rapidement de 25 % à 31,25 %, et vous devriez déposer 1 000 $ en liquidités ou en titres pour ramener votre RPV au maximum autorisé de 30%.
Avec un emprunt de 10 000 $ et une chute des marchés de 20 %, votre RPV passerait de 10 % à 12,5 %. Tout irait bien, puisque vous seriez toujours bien loin du maximum de 30 %.
Foire aux questions
Comment réduire mon RPV rapidement?
Trois options s’offrent à vous. Vous pouvez déposer des fonds dans le compte de placements en garantie, rembourser une partie du solde du prêt en espèces ou en vendant des titres (moins souhaitable si vous devez vendre à perte), ou encore transférer des titres admissibles dans le compte.
Le RPV s’applique-t-il aussi aux prêts hypothécaires, ou seulement aux marges de crédit sur portefeuille?
Aux deux. Et en fait, le RPV est un critère fondamental pour les prêteurs hypothécaires. C’est pourquoi l’assurance prêt hypothécaire est obligatoire avec une mise de fonds de moins de 20 % – une petite mise de fonds signifie peu de protection au prêteur en cas de défaut de paiement et de vente de la propriété à un prix inférieur au solde du prêt. Le RPV évolue simplement plus vite quand il s’agit d’emprunts sur titres, parce que les fluctuations des marchés peuvent le faire bouger quotidiennement, et parfois de façon importante.