Il y a toutes sortes de façons d’utiliser les options : pour générer des revenus, protéger une position, ou encore s’exposer à un mouvement de prix sans acheter ni vendre des actions directement. Cet article aborde la stratégie de l’écart baissier sur options de vente.
Qu’est-ce qu’un écart baissier sur options de vente?
Un écart baissier sur options de vente (aussi appelé écart débiteur sur options de vente, et souvent désigné par son terme anglais, bear put spread) consiste à acheter une option de vente à un prix de levée plus élevé et à vendre simultanément une option de vente à un prix de levée plus bas, toutes deux sur le même titre sous-jacent et avec la même date d’échéance.
L’objectif? S’exposer à une baisse potentielle du prix tout en réduisant le coût initial de l’opération et en plafonnant la perte maximale possible.
Connaissances préalables suggérées : options de vente vendues, options de vente achetées
Sentiment : baissier
Pattes : 2 (une option de vente achetée, une option de vente vendue)
Pourquoi utiliser un écart baissier sur options de vente?
On se sert généralement de cette stratégie quand on pense que le prix d’un titre va baisser, mais qu’on souhaite limiter la mise de fonds initiale. La vente de l’option de vente au prix de levée inférieur génère une prime, qui aide à réduire le coût d’achat de l’option de vente au prix de levée supérieur.
L’envers de la médaille : le profit potentiel est plafonné. Mais la perte potentielle l’est aussi, et on connaît les deux chiffres avant même de passer l’ordre.
Un exemple
Disons qu’Alex suit une action, appelons-la KIWI, et pense que son prix va baisser. Alex souhaite une exposition baissière, mais veut aussi un profil de risque défini. C’est l’occasion d’utiliser un écart baissier sur options de vente plutôt que de vendre l’action directement.
Voici comment l’opération est structurée :
Position vendeur : 1 option de vente KIWI à 95 $ vendue à 1,30 $
Position acheteur : 1 option de vente KIWI à 100 $ achetée à 3,20 $
Remarque : aux États-Unis, la plupart des options cotées ont un multiplicateur de 100, ce qui signifie que chaque contrat représente 100 unités du titre sous-jacent.
Alex paie une prime nette de 1,90 $ (3,20 $ payés − 1,30 $ reçu).
Gain potentiel maximal
Le gain maximal d’Alex correspond à la différence entre les deux prix de levée, moins la prime nette payée. Il est réalisé si KIWI termine à 95 $ ou moins à l’échéance.
Voici comment ça fonctionne :
À l’échéance, KIWI clôture à 90 $
Quand KIWI termine sous le prix de levée inférieur (95 $), l’écart atteint sa valeur maximale, soit la différence entre les prix de levée : 100 $ − 95 $ = 5 $.
Valeur de l’écart sur options de vente à l’échéance : 5 $
Prime nette payée : 1,90 $
5 $ − 1,90 $ = 3,10 $
Multiplié par 1 contrat × 100 (multiplicateur) = 310 $, moins les frais et commissions.
Regardons chaque patte séparément :
L’option de vente à 100 $ vaut 10 $ → Alex a payé 3,20 $ → gain : 6,80 $
L’option de vente à 95 $ vaut 5 $ → Alex a reçu 1,30 $ → perte : 3,70 $
6,80 $ − 3,70 $ = 3,10 $ × 100 = 310 $, moins les frais et commissions.
Peu importe jusqu’où KIWI descend sous 95 $, le gain ne dépasse pas ce montant.
Perte potentielle maximale
Si le prix de KIWI dépasse le prix de levée supérieur (100 $), les deux options de vente expirent sans valeur et Alex perd la totalité de la prime payée.
Voici comment ça fonctionne :
À l’échéance, KIWI clôture à 110 $
L’option de vente à 100 $ vaut 0 $ → Alex a payé 3,20 $ → perte : 3,20 $
L’option de vente à 95 $ vaut 0 $ → Alex a reçu 1,30 $ → gain : 1,30 $
−3,20 $ + 1,30 $ = −1,90 $
Multiplié par 1 contrat × 100 = −190 $, moins les frais et commissions.
La perte maximale d’Alex est limitée à la prime nette payée, soit 190 $. Ce montant est connu avant même de passer l’ordre.
Seuil de rentabilité
Formule : prix de levée de l’option de vente achetée − prime nette payée
100 $ − 1,90 $ = 98,10 $
KIWI doit clôturer à moins de 98,10 $ à l’échéance pour que l’opération soit rentable.
Scénario idéal
Le prix de KIWI baisse jusqu’au prix de levée de l’option de vente vendue (95 $) ou légèrement en dessous à l’échéance. À ce stade, l’écart atteint sa valeur maximale et Alex réalise le gain potentiel maximal sur la position.
Risques à considérer
Assignation anticipée
L’assignation anticipée est un risque qui ne s’applique qu’à la patte en position vendeur.
Aux États-Unis, les options sur actions peuvent être exercées n’importe quel jour ouvrable avant l’échéance. En position vendeur sur l’option de vente, on ne contrôle ni quand, ni même si cette assignation a lieu.
Le plus souvent, un exercice anticipé est motivé par le désir d’encaisser les intérêts sur une position vendeur en actions. Si les intérêts générés dépassent la valeur extrinsèque restante de l’option de vente en jeu, la personne titulaire de l’option peut choisir d’exercer par anticipation.
Quelques points à garder en tête :
L’option de vente achetée (prix de levée supérieur) ne présente aucun risque d’assignation anticipée; c’est Alex qui contrôle cette patte.
L’option de vente vendue (prix de levée inférieur) peut être assignée par anticipation.
Si l’option de vente vendue est en jeu et qu’Alex pense qu’une assignation anticipée est probable, il y a deux façons de gérer la position :
Clôturer l’écart en entier : racheter l’option de vente vendue et vendre l’option de vente achetée
Clôturer uniquement l’option de vente vendue : la racheter, et laisser l’option de vente achetée ouverte
Si l’option de vente vendue est assignée par anticipation, Alex doit acheter des actions au prix de levée de cette option. Cela pourrait aussi déclencher un appel de marge si la valeur du compte est insuffisante pour soutenir la position en actions qui en résulte.
Une dernière précision : l’option de vente au prix de levée inférieur ne peut pas être en jeu sans que l’option de vente au prix de levée supérieur le soit aussi. Cela dit, même si les deux options sont en jeu, Alex peut faire l’objet d’une assignation sur l’option de vente vendue. Si c’est le cas, Alex peut exercer l’option de vente achetée pour clôturer la position en actions qui en résulte, mais la date de vente sera postérieure à la date d’achat. Cet écart temporel peut entraîner des frais supplémentaires, notamment des intérêts et des commissions.
Remarque : les options sont exercées automatiquement à l’échéance si elles sont en jeu d’au moins 0,01 $. À l’approche de l’échéance, si le prix de KIWI est près du prix de levée de l’option de vente vendue, l’assignation de cette option est incertaine, mais l’option de vente achetée (prix de levée supérieur) a de bonnes chances d’être exercée. Si Alex souhaite éviter de détenir une position en actions après l’échéance, l’écart devrait être clôturé (rachat de l’option de vente vendue, vente de l’option de vente achetée) avant la fermeture des marchés le jour de l’échéance.
Bilan
Scénario | Résultat |
|---|---|
| KIWI tombe à 95 $ ou moins | Gain maximal : 310 $ (avant frais) |
| KIWI clôture à 98,10 $ | Seuil de rentabilité |
| KIWI dépasse 100 $ | Perte maximale : 190 $ (avant frais) |