Wealthsimple est un tout nouveau genre de service de placement. Ce billet est le plus récent de notre série Tranche de vie financière, dans laquelle des gens intéressants parlent sans détour de leur situation financière. Être honnête au sujet de l’argent est toujours utile… même si ce ne sont pas toujours les meilleurs conseils qui en ressortent.

Jusqu’à l’âge de 44 ans, je n’ai jamais eu de compte d’épargne. Je ne m’en vante pas, c’est la triste réalité. J’étais toujours dans le rouge. Je devais toujours de l’argent à quelqu’un. J’étais aussi égoïste et totalement irresponsable.

J’ai grandi dans une famille de la classe moyenne, dans le New Jersey. Quand je suis né, mon père travaillait de jour dans une imprimerie et de soir dans un magasin de disques. Ma mère, elle était rédactrice en chef dans des journaux et magazines. À cette époque, les États-Unis étaient bien différents d’aujourd’hui : la classe moyenne me semblait en quelque sorte plus ambitieuse. Les gens lisaient les grands écrivains contemporains et tentaient d’être à l’affût de l’actualité culturelle.

Nous faisions des barbecues dans la cour et allions en vacances dans un chalet sur la côte du New Jersey. Est-ce que j’avais conscience de l’argent? Oui. J’étais conscient qu’on en manquait parfois.

Je n’ai jamais économisé. L’argent entrait, puis ressortait aussitôt. J’attendais toujours le prochain chèque de paye.

Mes parents n’étaient pas doués avec l’argent. Mon père était un rêveur qui ne parlait pas d’argent et ne semblait pas y penser. Ma mère était beaucoup plus organisée, mais je pense qu’elle voyait plus grand que son compte de banque. Ils achetaient des choses qu’ils ne pouvaient pas se permettre. Ils m’ont envoyé à l’école privée, mais je sais qu’ils ont eu du mal à payer les frais. Nous avons déjà eu une berline Rover, et les réparations sur une auto étrangère représentaient un gros fardeau. À un certain moment, nous avons hérité d’un peu d’argent, et mes parents ont fait faire des rénovations importantes sur la maison : des aménagements paysagers, un gros projet de construction. Cela a pris des années, et s’en est suivi une période de difficultés financières. Avec du recul, on aurait peut-être pu se passer des arbustes exotiques.

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J’ai été camelot à quelques reprises. Durant les vacances d’été et de Noël, j’étais messager à vélo à New York. J’étais un messager merdique. Sans supervision, seul dans la grande ville, j’achetais des joints à un dollar et j’allais dans les cinémas où, pour trois dollars, on présentait un programme triple : un Bruce Lee, un Melvin Van Peebles et un vieux classique. L’âge légal pour boire dans ce temps-là était 18 ans, mais, à 14 ans, je passais. En tant que messager à vélo, on travaille seulement quand on veut. Donc je travaillais un peu. Disons que je n’étais pas le livreur le plus motivé du monde.

Je savais que je disposais de beaucoup moins d’argent que la majorité de mes collègues de classe. Ils avaient des vies très différentes – c’est ce qui m’a vraiment ouvert les yeux. Je venais de Leonia, au New Jersey, une ville de classe moyenne. Les jeunes qui vivaient là prenaient une voiture ensemble pour se rendre à l’école Englewood. Nos maisons sentaient le déjeuner, le bacon. Les maisons des enfants plus riches avaient une odeur différente. Ils s’habillaient différemment. Attention, je ne veux pas donner l’impression que nous étions pauvres. J’étais chanceux, mais j’enviais les autres. Quand mon père me reconduisait à l’école, c’était souvent dans une vieille familiale dont la portière côté passager était enfoncée. Il me semble qu’on n’avait jamais l’argent pour la faire réparer. La plupart des jeunes de mon école ont reçu une voiture sport dès qu’ils ont eu leur permis. Pour la plupart d’entre eux, leurs parents étaient séparés, mais ils vivaient dans de magnifiques maisons. Ils ne se faisaient pas déranger par leurs parents, ils pouvaient regarder des films pornos, prendre de la drogue et faire les cons. Je les enviais pour ça. Mes amis pouvaient s’acheter du pot et de la cocaïne. Ç’a certainement été une motivation pour moi. Elle était mauvaise, mais pas anodine : mes amis pouvaient s’acheter de la drogue, pas moi. Ils partageaient, mais le truc avec la cocaïne, évidemment, c’est qu’on n’en a jamais assez.

Je n’ai jamais économisé. L’argent entrait, puis ressortait aussitôt. J’attendais toujours le prochain chèque de paye.

Mon père est allé à l’université Yale durant deux ans, puis il a lâché. Ma mère a fréquenté le collège Hunter. J’ai grandi dans les années Kennedy, alors qu’on était certains que tous les enfants qui naissaient auraient une meilleure vie que celle de leurs parents. Donc ça allait de soi que j’irais à l’université. Et, j’ignore comment, mais mes parents ont payé pour mon bref passage aux études supérieures. Ils ne m’ont pas demandé de contribuer. Je pense qu’ils ont vu que j’étais un bon à rien paresseux sur qui il valait mieux ne pas compter pour économiser pour l’université.

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Durant ma deuxième année, j’ai fait appel à mes parents dans un moment de vulnérabilité. Ils avaient du mal à payer mes frais de scolarité et mon frère s’apprêtait aussi à commencer l’université. Il allait réussir; moi, clairement pas. J’étais un gaspillage d’argent et d’éducation. Lorsque je leur ai annoncé que je lâchais, je suis sûr qu’ils ont été soulagés. Ils ont réussi à trouver de l’argent pour les frais de mon cours de cuisine, ce qui a aussi été difficile pour eux.

Durant l’école de cuisine, je travaillais les fins de semaine comme cuisinier à New York. Je pense que je gagnais 40 $ comptant par quart de travail, ce qui était peu. Je faisais un peu d’argent en jouant au poker et à Acey-Deucey, un autre jeu de cartes. J’ai peut-être vendu des substances illicites. Après avoir terminé l’école, j’ai tout de suite commencé à travailler : 5, 6 jours par semaine, souvent 12 heures par jour. Au début, après impôt, ça ne me donnait jamais plus que 120 dollars. C’était peu. J’habitais avec ma copine de l’époque. Je m’arrangeais. Je payais un loyer. Je mangeais la plupart de mes repas au travail, au comptoir de falafels ou de bagels, ou au diner. Je dépensais beaucoup d’argent en pot. Avant d’atteindre le point où ça m’a rendu paranoïaque et agoraphobe, la marijuana me coûtait quelques centaines de dollars par semaine. Avec du recul, je me dis que le fait que j’ai été un gros fumeur de pot depuis l’âge de 14 ans a sûrement été un facteur contribuant à mon manque d’ambition. Je dis ça comme ça.

Je n’ai jamais économisé. L’argent entrait, puis ressortait aussitôt. J’attendais toujours le prochain chèque de paye. Comme je l’ai dit, jusqu’à l’âge de 44 ans, je n’ai pas eu de compte d’épargne.

Lorsque je travaillais comme cuisinier et chef, un voyage dans les Caraïbes, c’était la récompense ultime. Je me retrouvais toujours avec une nouvelle carte de crédit, ou peut-être que j’en avais remboursé une autre, mais je ne me rappelle pas avoir fait ça. Nous partions pour les Caraïbes, y restions aussi longtemps que possible en maximisant la limite de notre carte de crédit. Pour partir, je devais quitter mon emploi. J’en trouvais un nouveau en revenant. Je changeais d’emploi en moyenne une fois par année.

J’étais constamment endetté. J’ai bien publié quelques livres avant Kitchen Confidential, mais ils n’ont pas été très lucratifs. Pour Bone in the Throat, j’ai reçu un acompte de 10 000 $, que j’ai séparé moitié-moitié avec mon ancien coloc de l’université qui m’a fait entrer dans le monde de la publication. Avec le deuxième livre, Gone Bamboo, j’ai dû faire à peu près 8 000 $. Quand Kitchen Confidential a été publié, je n’avais pas fait de déclaration de revenus depuis environ 10 ans. Mon loyer était sérieusement en retard. Ça faisait une dizaine d’années que je n’avais pas communiqué de manière régulière avec American Express. Le but de mon quotidien était de calmer l’anxiété qui me rongeait avant de m’endormir, sachant que, à tout moment, le peu de sous que j’avais dans mon compte bancaire pourrait être saisi par les services du revenu ou la compagnie de crédit. Ou mon propriétaire pourrait me jeter dehors. Ç’a été ma réalité durant plusieurs années.

Vers la fin de ma carrière de chef au restaurant Les Halles, je gagnais environ 800 $ par semaine, après impôt. J’ai brièvement eu accès à un régime collectif d’assurance maladie. C’était la première fois que j’avais des assurances autres que celles du Rainbow Room, un autre restaurant. Pour cela, il fallait aller dans cette horrible clinique syndicale, où nous recevions différents montants pour différents types de blessures. Un gars qui s’était pris le doigt dans une porte de four en a arraché le bout, parce qu’il recevrait plus d’argent pour une amputation partielle! Alors l’assurance maladie pour moi, c’est nouveau et incroyable, je n’en ai que depuis 2001.

Le fait de vivre comme ça m’a rendu très prudent. Après la publication de Kitchen Confidential, j’ai gardé mon emploi. J’hésitais à quitter les cuisines et j’ai attendu le plus longtemps possible. J’étais assez vieux pour réaliser que j’avais eu une chance incroyable et que ça ne se produirait pas deux fois. Puis il y a eu ce moment étrange, où j’ai réalisé que tous les clients dans la salle à manger étaient des journalistes qui attendaient pour me parler. J’ai alors réalisé que j’étais devenu le genre de chef que je détestais, celui qui sortait constamment de la cuisine pour parler aux journalistes. Je ne voulais pas être ce gars-là. Alors je suis parti. Depuis que j’ai pris le risque de quitter la seule profession que je connaissais pour devenir auteur et animateur professionnel, je prends chaque décision très prudemment, chaque jour de ma vie.

Un ami m’a déjà dit : « Tu vis à l’extérieur du pays durant plus de la moitié de l’année. Tu devrais te créer une résidence fictive aux îles Caïmans et arrêter de payer des impôts. » Je me sentirais comme une merde si je faisais ça. Je ne veux pas être ce gars-là.

À ce moment-là, c’était la première fois que je pensais à économiser de l’argent. À ne plus me retrouver dans la peur, dans cette insécurité qui me ramène à mon enfance. Est-ce qu’on va faire réparer l’auto? Est-ce qu’on va être capables de payer l’école? En très peu de temps, j’ai communiqué avec les services du revenu et j’ai payé ce que je leur devais. J’ai remboursé American Express. Depuis, je suis obsédé par l’idée de ne rien devoir à personne. Je déteste ça. Je ne veux pas traîner de dettes, plus jamais. J’ai une hypothèque, mais je hais cette idée. C’était ma plus grande réticence avant d’acheter une maison, bien que je n’étais pas en mesure de la payer comptant.

Les rumeurs sur le montant de ma valeur nette sont environ 10 fois trop élevées. Je pense que les gens qui font ces estimations présument que je vis plus simplement qu’en réalité. Je ne suis pas insouciant – j’ai juste une auto. Mais je ne me prive pas de plaisirs simples. Je ne fais pas des milles pour économiser quelques dollars. On n’a pas assez de temps dans une vie pour ça. J’ai tendance à choisir l’option la plus rapide, facile, confortable. Je la veux maintenant. Ça presse, le temps file.

L’une des grandes qualités de mon agente, Kim Witherspoon, est qu’elle me présente toujours deux options pour un contrat, particulièrement pour les livres. Elle va dire : « Regarde, tu peux y aller avec ces gars-là et recevoir un sale gros chèque en avance. Ou tu peux y aller pour le choix moral et loyal avec cette autre compagnie, et négocier un montant d’argent qui correspond à ce qu’on pense que tu vas vendre. » J’aime faire de l’argent pour mes partenaires. Le monde de la publication est rempli d’histoires d’auteurs qui ont du succès avec leur premier ou deuxième livre, puis qui reçoivent une énorme avance pour leur prochain livre, et le succès attendu n’arrive pas. L’auteur et l’éditeur se retrouvent alors en très mauvaise position. Ma collection de livres chez Ecco Press – elle s’appelle Anthony Bourdain – ne me rapporte presque pas d’argent, mais c’est tellement gratifiant. Je le fais par amour et par conviction. Il y a des gens qui méritent d’être connus. Et c’est juste satisfaisant, d’un point de vue personnel et créatif, d’aider ces gens à être entendus. Je me nourris de la gloire collective lorsque quelqu’un publie un bon livre dans ma collection. Mais je ne fais pratiquement pas d’argent avec ça.

Écrire un livre est probablement l’activité la moins rentable. Mon coauteur sur Get Jiro, Joel Rose, parle souvent de ça : tu consacres une année de ta vie, et même plus, à écrire un livre. Tu reçois un montant d’argent pour sa publication et ensuite, il y a de très fortes chances que ça s’arrête là, tu ne recevras rien de plus ou si peu. Mes livres sont populaires, mais c’est mon activité la moins rentable. J’aime écrire, mais écrire pour être riche n’est pas un plan de vie réaliste. Dans mon cas, par contre, je dois tout à l’écriture. Après mes livres, j’ai commencé à faire des tournées de promotion. Les événements ont commencé à être trop gros pour les librairies, alors il fallait louer des salles, et elles se remplissaient. Les chiffres ont continué de grimper et on a commencé à m’embaucher dans des événements d’entreprises, qui, eux, étaient incroyablement lucratifs. Puis les promoteurs de concerts ont commencé à m’approcher. Rapidement, j’ai compris que, comme dans le monde du livre, il n’y a pas d’argent dans l’industrie du disque. L’argent vient des tournées. La plus grande source de revenus pour moi est de monter sur une scène pour faire des blagues de bites. C’est physiquement et mentalement drainant, mais ça passe vite.

J’aspire à ce que ma fille et sa mère n’aient pas à s’en faire avec l’argent, pendant que je suis en vie, mais après aussi. Elles ne devraient pas avoir à s’inquiéter si quelque chose arrive. C’est à ça que servent mes épargnes et mes placements. Je suis super conservateur. L’argent ne m’excite pas. Le fait de faire de l’argent ne me satisfait pas particulièrement. Pour moi, l’argent représente la liberté face à l’insécurité, la liberté de bouger, ou du temps si vous choisissez de tirer profit de votre temps. Mes conseillers financiers comprennent que je ne cherche pas à gagner le gros lot sur le marché des actions. Je n’y comprends rien et ça ne m’intéresse pas. La vie est trop courte. J’aime que les discussions avec les conseillers soient limitées, et je ne veux pas être inondé de courriels. Si mon argent n’a pas baissé chaque fois que j’y jette un coup d’œil, je suis heureux. S’il y en a un peu plus, c’est encore mieux.
Je blague souvent sur le fait que j’aimerais être un patriarche. J’aime l’idée de prendre ma retraite au sommet d’une montagne, entouré des gens qui comptent pour moi. Mais en vérité, j’aime travailler avec mes collègues parce que ce sont des gens talentueux qui pourraient facilement faire autant sinon plus d’argent ailleurs. Particulièrement les gens qui travaillent sur mon émission de télé : cette gang-là pourrait faire bien plus d’argent pour travailler sur un moins bon show pour quelqu’un d’autre. Alors si je veux les garder, c’est ma responsabilité d’être une personne avec qui les gens veulent rester.

Personne n’aime payer d’impôts. Peut-être est-ce un luxe, mais je n’ai pas besoin de payer un super comptable qui va passer 12 heures à trouver la combine pour m’éviter de payer quelques milliers de dollars au gouvernement. Si ça implique plein d’appels avec des analystes financiers et des avocats, cet argent ne m’intéresse pas. Je ne veux pas avoir ces discussions. Un ami m’a déjà dit : « Tu vis à l’extérieur du pays durant plus de la moitié de l’année. Tu devrais te créer une résidence fictive aux îles Caïmans et arrêter de payer des impôts aux États-Unis. » Je me sentirais comme une merde si je faisais ça. Je suis américain. Je ne veux pas être ce gars-là. Je ne veux pas avoir ces discussions. Je m’endors juste d’y penser. Je préfère faire beaucoup moins d’argent, si c’est de l’argent honnête. Tout le monde reçoit sa part : mes collaborateurs, moi, le gouvernement. Si on m’appelle pour une vérification fiscale, pas de problème. Tout est là. J’ai passé trop d’années à craindre la banque, le propriétaire, le gouvernement. C’est agréable de ne plus avoir peur.

Tel que raconté à Laurie Woolever exclusivement pour Wealthsimple. Illustration par Jenny Mörtsell. Avec nous, l’investissement devient simple et abordable.

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